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C’est quoi une commotion cérébrale ?

Un choc, un cerveau secoué, des symptômes parfois discrets. C'est quoi une commotion cérébrale, quels signes doivent alerter, et pourquoi s'arrêter ?

Par Florian Villa · 30 octobre 2026 · 8 min de lecture

Homme barbu en t-shirt bleu, tête baissée, les deux mains plaquées sur les tempes, sur fond blanc

Un plaquage un peu haut, une chute de vélo, une tête qui heurte le coin d’un placard. Sur le moment, on se relève, on dit que ça va. Quelques heures plus tard, la tête tourne, la lumière gêne, on cherche ses mots. Les matchs de rugby de novembre en montrent chaque week-end : des joueurs sortent du terrain pour « protocole commotion ». Mais c’est quoi une commotion cérébrale, comment la reconnaître, et pourquoi le repos et la patience comptent-ils autant ? Voici ce qu’il faut savoir, sur le terrain comme à la maison.

En bref : une commotion cérébrale est un trouble passager du fonctionnement du cerveau, causé par un choc ou une secousse de la tête. Elle ne se voit pas au scanner et ne s’accompagne pas toujours d’une perte de connaissance. Les symptômes disparaissent en général en quelques semaines, à condition de s’arrêter et d’éviter un second choc.

Que se passe-t-il dans le cerveau lors d’une commotion ?

Le cerveau bouge dans le crâne. Il baigne dans un liquide qui l’amortit au quotidien, mais lors d’un choc violent, ou d’une forte accélération suivie d’un arrêt brutal, il se déplace et heurte la paroi osseuse. La note de la Fédération française de rugby le résume ainsi : pendant l’impact, le cerveau se déplace à l’intérieur du crâne, et son fonctionnement normal se trouve perturbé.

Une secousse suffit, sans coup direct, comme lors d’un coup du lapin en voiture.

Selon le Manuel MSD, la commotion est par définition une perturbation transitoire de la fonction cérébrale, sans lésion visible au scanner ni à l’IRM. Le dérèglement est chimique : les neurones libèrent trop de neurotransmetteurs, en particulier le glutamate, et mettent du temps à retrouver leur équilibre.

Quels sont les signes d’une commotion cérébrale ?

Ils sont nombreux, et souvent discrets. Le premier piège, c’est de croire qu’une commotion se traduit par un K.-O. La FFR l’écrit en toutes lettres : une commotion ne se matérialise pas forcément par une perte de connaissance. La plupart des personnes commotionnées restent conscientes.

Les signes les plus fréquents, d’après le Manuel MSD :

  • maux de tête, nausées ou vomissements ;
  • confusion, réponses lentes, regard vague ;
  • trous de mémoire sur ce qui s’est passé juste avant ou juste après le choc ;
  • vertiges, troubles de l’équilibre, vision trouble ;
  • sensibilité à la lumière et au bruit ;
  • fatigue, irritabilité, difficultés à se concentrer ou à dormir.

Ils peuvent apparaître tout de suite ou plusieurs heures après. Une personne qui « allait bien » au bord du terrain doit donc rester surveillée le soir même.

Quand faut-il appeler le 15 ?

Certains signes indiquent une lésion plus grave qu’une simple commotion, comme un saignement à l’intérieur du crâne. Le Manuel MSD cite une baisse du niveau de conscience, des maux de tête qui s’aggravent, des vomissements répétés, une confusion qui persiste, un comportement anormal ou des convulsions. Une faiblesse d’un côté du corps ou des difficultés à parler font aussi partie des signaux d’alarme. Dans tous ces cas, on appelle le 15 sans attendre.

Pourquoi faut-il s’arrêter tout de suite ?

Parce qu’un second choc sur un cerveau pas encore remis peut être catastrophique. C’est le syndrome du second impact : un gonflement brutal du cerveau quand une deuxième commotion survient avant la guérison de la première. Le Manuel MSD le décrit comme rare, mais mortel dans près de la moitié des cas. Il touche surtout les adolescents et les jeunes adultes.

Le risque est aussi plus banal. Après une commotion, le risque d’en subir une autre est deux à quatre fois plus élevé, selon la même source.

D’où le principe adopté par toutes les instances depuis la conférence internationale d’Amsterdam en 2022 : en cas de commotion réelle ou suspectée, le joueur sort et ne revient pas, rappelle le communiqué du BMJ publié en juin 2023. Le doute suffit.

Comment fonctionne le protocole commotion au rugby ?

Il diffère entre les professionnels et les amateurs, et la FFR insiste sur ce point.

Au haut niveau, le protocole HIA (head injury assessment) de World Rugby se déroule en trois temps. Le joueur suspecté sort pour une évaluation hors du terrain, avec un remplaçant temporaire, et les médecins revoient les images du choc. S’il présente un signe évident, comme une perte de connaissance ou une démarche titubante, il sort définitivement, sans évaluation. Une deuxième évaluation a lieu dans les trois heures après le match, puis une troisième après deux nuits de sommeil, entre 36 et 48 heures après le choc. C’est seulement à ce stade que le diagnostic est confirmé ou écarté.

Chez les amateurs, il n’y a pas de médecin au bord de chaque terrain. Le système repose donc sur le carton bleu. Quand l’arbitre voit un signe évident de commotion, il sort ce carton : le joueur quitte le match pour de bon. Un entraîneur ou un dirigeant peut aussi déclarer une suspicion. La licence du joueur est alors suspendue automatiquement, jusqu’à ce qu’un médecin signe son retour. En Occitanie seulement, plus de 700 protocoles ont été déclarés pendant la saison 2024-2025, selon la FFR.

Le carton bleu paraît sévère quand le joueur jure qu’il va bien. Justement : on ne demande pas à un cerveau secoué de juger son propre état.

Pour replacer ces règles dans le débat plus large sur la sécurité de ce sport, lisez notre article « Le rugby est-il dangereux ? ».

Combien de temps avant de reprendre le sport ?

En général, quelques semaines. Le consensus d’Amsterdam indique que la reprise complète du sport a lieu le plus souvent dans le mois qui suit. Mais la reprise suit des étapes, et chacune n’est franchie que si les symptômes ne reviennent pas.

La FFR fixe des délais minimums dans son règlement médical, et aucun avis médical ne permet de les raccourcir :

Après une première commotionPlus de 19 ansMoins de 19 ans
Entraînement sans contactà partir du 10e jourà partir du 17e jour
Entraînement avec contactà partir du 11e jourà partir du 18e jour
Retour en matchaprès le 21e jouraprès le 23e jour
Retour en match si deux commotions en 12 moisaprès le 90e jouraprès le 180e jour

Les moins de 19 ans attendent plus longtemps, et une deuxième commotion dans l’année les éloigne des terrains six mois.

Une idée reçue a changé ces dernières années : le repos total dans le noir. Le consensus d’Amsterdam ne le recommande plus. Il conseille de limiter les écrans pendant les 48 premières heures, puis de reprendre vite une activité légère, comme la marche ou le vélo d’appartement, qui aide à récupérer. Au-delà de quatre semaines de symptômes, une évaluation par plusieurs spécialistes est recommandée.

Quels sont les effets à long terme des commotions ?

C’est la grande inquiétude, et les données s’accumulent. Une commotion isolée, bien soignée, guérit en général sans séquelles. Le problème vient des chocs répétés.

En 2022, une équipe de l’université de Glasgow a suivi 412 anciens internationaux écossais de rugby et les a comparés à 1 236 hommes du même âge et du même milieu social. L’étude, publiée dans le Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry et résumée sur le dépôt de l’université, a trouvé une maladie neurodégénérative (démence, maladie de Parkinson, maladie de Charcot) chez 11,4 % des anciens joueurs, contre 5,4 % des autres hommes. Le risque est multiplié par 2,67.

C’est une étude d’observation : elle montre un lien, pas une cause. Les auteurs n’ont pas pu tenir compte de tous les facteurs, et le nombre de cas reste faible. Ses auteurs recommandent quand même de réduire l’exposition aux chocs à la tête dans le sport.

Le Manuel MSD décrit aussi l’encéphalopathie traumatique chronique, une dégénérescence du cerveau observée après de nombreux chocs, même légers. Sur le fonctionnement du cerveau lui-même, notre article « Utilisons-nous vraiment 10 % de notre cerveau ? » défait quelques idées reçues.

Que faire si un enfant se cogne la tête ?

Le surveiller de près dans les heures qui suivent, et consulter au moindre doute. Un enfant décrit mal ce qu’il ressent. Guettez les changements : somnolence inhabituelle, vomissements, mal de tête qui s’aggrave, démarche bizarre. Ces signes justifient un appel au 15.

Pour un enfant sportif, la règle est la même que pour un adulte, en plus prudent : sortie immédiate, avis médical, reprise progressive. Le consensus d’Amsterdam reconnaît que les données manquent encore pour les 5 à 12 ans. En cas de doute, c’est votre médecin qui décide du retour à l’école et au sport, pas l’entraîneur.

Questions fréquentes

Peut-on avoir une commotion sans perdre connaissance ?

Oui, c’est même le cas le plus fréquent. Maux de tête, confusion, vertiges ou trous de mémoire suffisent à évoquer une commotion, même si la personne n’a jamais été K.-O.

Combien de temps durent les symptômes d’une commotion ?

Le plus souvent, quelques jours à quelques semaines. Quand ils durent plus de quatre semaines, on parle de symptômes persistants, et une prise en charge spécialisée est recommandée.

Un scanner est-il nécessaire après une commotion ?

Pas toujours, puisque la commotion ne se voit pas au scanner. Le médecin en prescrit un s’il soupçonne une lésion plus grave, par exemple après une perte de connaissance.

Conclusion

La commotion cérébrale est une blessure invisible, et c’est ce qui la rend piégeuse. Pas de plâtre, pas de cicatrice, juste un cerveau qui fonctionne moins bien pendant quelques jours ou quelques semaines. Les 21 jours d’arrêt imposés aux rugbymen amateurs paraissent longs à un joueur qui se sent bien au bout de trois jours. Ils existent parce que le danger se cache dans le second choc. Si vous avez un doute après un coup à la tête, la décision la plus sûre reste la même au stade comme à la maison : s’arrêter, et faire examiner. Cet article ne remplace pas l’avis d’un médecin.

Sources

Image à la une : Image de 8photo sur Magnific

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