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Movember : pourquoi des hommes se laissent-ils pousser la moustache en novembre ?

Movember est né d'un pari entre amis à Melbourne en 2003. Pourquoi la moustache, quels cancers sont en jeu, et que dire du dépistage de la prostate ?

Par Florian Villa · 2 novembre 2026 · 6 min de lecture

Homme à lunettes en pull à col roulé beige, l'air surpris, tenant une fausse moustache noire sur un bâtonnet devant sa bouche, sur fond rose

En novembre, certains collègues changent de tête. Une moustache apparaît, d’abord timide, puis franchement assumée vers la fin du mois. Ces hommes participent à Movember, une campagne lancée en Australie il y a plus de vingt ans. Derrière la blague, il y a des sujets que les hommes évitent volontiers. Voici d’où vient la moustache, et ce qu’elle cherche à faire dire.

En bref : Movember est une campagne annuelle pour la santé des hommes, née à Melbourne en 2003. Pendant tout le mois de novembre, des hommes se laissent pousser la moustache et collectent des dons. L’argent finance la recherche et la prévention sur le cancer de la prostate, le cancer des testicules, la santé mentale et le suicide.

D’où vient Movember ?

D’une conversation de bar. En 2003, à Melbourne, deux amis, Travis Garone et Luke Slattery, discutent des modes qui reviennent. Pourquoi pas la moustache ? Ils lancent le défi autour d’eux : trente hommes se laissent pousser la moustache pendant le mois de novembre.

L’année suivante, l’idée prend une tournure caritative. En 2004, 450 participants collectent 54 000 dollars australiens pour la lutte contre le cancer de la prostate. Entre-temps, Adam Garone et Justin Coghlan ont rejoint l’aventure. En 2006, les quatre cofondateurs créent officiellement la Movember Foundation.

Le nom est un mot-valise : « mo », l’argot australien pour moustache, et « November ». Selon la fondation, la campagne a aujourd’hui récolté plus de 730 millions de dollars australiens et financé plus de 1 000 programmes de santé masculine, avec des campagnes officielles dans 21 pays, dont la France.

Pourquoi une moustache ?

Parce qu’elle se voit, et qu’elle fait parler. Une moustache qui pousse en plein mois de novembre attire les questions : « Tu t’es perdu en 1975 ? » L’idée est là. Celui qui la porte répond, explique la campagne, et parle santé sans en avoir l’air.

C’est le pari de la fondation : beaucoup d’hommes n’aiment pas parler de leur santé, surtout quand elle touche à l’intimité ou au moral. La moustache sert de prétexte. Une plaisanterie ouvre la porte là où un discours de prévention la fermerait.

Les participants s’appellent les « Mo Bros », et les femmes qui les soutiennent les « Mo Sistas ».

Le cancer de la prostate : de quoi parle-t-on ?

C’est le cancer le plus fréquent chez l’homme en France. La prostate est une petite glande située sous la vessie, qui produit une partie du liquide séminal. On a compté 59 885 nouveaux cas en 2018 en France métropolitaine, selon l’Institut national du cancer (INCa). L’âge médian au diagnostic est de 64 ans : ce cancer est rare avant 50 ans.

Il a causé 9 228 décès en 2022, ce qui en fait la troisième cause de décès par cancer chez l’homme. La bonne nouvelle, c’est que la plupart des cancers de la prostate évoluent lentement. Pour les hommes diagnostiqués entre 2010 et 2015, la survie à cinq ans atteint 93 %.

Cancer de la prostateCancer du testicule
Nouveaux cas en France59 885 (2018)environ 2 800 (estimation 2018)
Âge typiqueâge médian de 64 anssurtout entre 15 et 35 ans
Décès par an9 228 (2022)moins d’une centaine
Pronosticsurvie à 5 ans de 93 %guéri dans 9 cas sur 10

Faut-il se faire dépister pour la prostate ?

Il n’existe pas de dépistage organisé en France, contrairement au cancer du sein ou au cancer colorectal. La Haute Autorité de santé (HAS) l’a redit en 2010 puis en 2012 : elle ne recommande pas de dépistage systématique par dosage du PSA chez les hommes sans symptôme, y compris ceux qui ont des facteurs de risque.

Le PSA, ou antigène prostatique spécifique, est une protéine mesurée par une prise de sang. Son taux augmente en cas de cancer, mais aussi en cas d’inflammation ou d’augmentation bénigne de la prostate, très fréquente avec l’âge. Le test n’est donc pas assez fiable pour poser un diagnostic à lui seul.

Le principal écueil s’appelle le surdiagnostic. Beaucoup de cancers de la prostate grossissent si lentement qu’ils n’auraient jamais causé de symptôme du vivant de l’homme. Les études citées par le ministère de la Santé estiment que 30 à 50 % des cancers détectés par dépistage entrent dans cette catégorie. Or, les découvrir mène à des biopsies, parfois à une opération ou à une radiothérapie, avec des risques d’incontinence et de troubles de l’érection.

Le dosage du PSA reste possible au cas par cas, après une discussion avec votre médecin, qui vous expliquera les bénéfices et les risques. Et si vous avez des symptômes, comme des envies d’uriner fréquentes ou du sang dans les urines, consultez sans attendre.

Le cancer du testicule, celui des hommes jeunes

C’est l’inverse du cancer de la prostate : il est rare, mais il touche des hommes jeunes. C’est le cancer le plus fréquent chez l’homme entre 15 et 35 ans. Santé publique France estimait à environ 2 800 le nombre de nouveaux cas en 2018.

Il se soigne très bien. La Ligue contre le cancer indique qu’on le guérit dans 9 cas sur 10, même quand il s’est étendu à d’autres organes. Le diagnostic précoce aide quand même, et c’est souvent l’homme lui-même qui sent une boule ou un durcissement.

Movember et la Ligue contre le cancer encouragent donc l’autopalpation. Une fois par mois, sous la douche, vous pouvez rouler doucement chaque testicule entre vos doigts pour repérer une grosseur inhabituelle. La plupart des boules sont bénignes. Une grosseur nouvelle mérite quand même un rendez-vous chez votre médecin.

Pourquoi Movember parle-t-il aussi de santé mentale ?

Parce que les hommes meurent beaucoup plus souvent par suicide que les femmes. En France, ils représentent les trois quarts des décès par suicide, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), dans une étude publiée en 2026. Les femmes font plus de tentatives, mais chez les hommes, l’issue est plus souvent fatale, note Santé publique France.

Movember a fait de la santé mentale une de ses causes principales. Le message est simple : parler à un proche quand ça ne va pas, et demander de l’aide plus tôt. En France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 heures sur 24, gratuitement.

Questions fréquentes

Quand a lieu Movember ?

Du 1er au 30 novembre, chaque année. Les participants commencent rasés de près le 1er novembre, puis laissent pousser leur moustache jusqu’à la fin du mois.

Faut-il porter la moustache pour participer ?

Non. On peut faire un don ou organiser une collecte avec ses collègues ou son club. Les femmes participent aussi, en soutien.

Movember existe-t-il en France ?

Oui. La fondation a une branche française, et la campagne est relayée chaque année par des hôpitaux, des associations et des entreprises.

Conclusion

Movember a réussi un tour de force : faire parler de prostate, de testicules et de suicide autour d’une machine à café, grâce à une moustache. La blague reste la porte d’entrée. Ce qui compte vient après : savoir que l’autopalpation prend une minute, que le dosage du PSA se discute avec un médecin, et qu’un coup de fil au 3114 est toujours possible.

Si vous cherchez une autre bonne résolution de novembre, lisez notre article sur le Mois sans tabac, et celui sur l’activité physique et le cancer.

Cet article explique, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

Sources

Image à la une : Image de stockking sur Magnific

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