Poupée de lutin en costume vert et bonnet rouge, assise sur une table en bois devant un sapin de Noël illuminé

Lutins farceurs : d’où vient cette tradition de Noël, et comment la faire vivre

Un matin de décembre, les enfants descendent à la cuisine et trouvent un petit bonhomme en bonnet rouge assis dans le paquet de céréales, entouré de flocons renversés. Personne n’a rien vu. Le lendemain, il est suspendu au lustre. En quelques années, ce lutin farceur s’est installé dans des milliers de foyers français. La tradition paraît ancienne. Elle a pourtant moins de vingt ans.

En bref : la tradition du lutin farceur vient d’un livre pour enfants américain, The Elf on the Shelf, publié en 2005. Un lutin, envoyé par le Père Noël, s’installe dans la maison en décembre et fait chaque nuit une bêtise. L’idée s’inspire des lutins des fermes scandinaves, connus pour leurs farces. Elle est arrivée en France par les réseaux sociaux à la fin des années 2010.

D’où vient la tradition des lutins farceurs ?

Elle vient des États-Unis, et elle a une date de naissance. En 2005, Carol Aebersold et sa fille Chanda Bell publient à compte d’auteur The Elf on the Shelf, « le lutin sur l’étagère ». Le livre raconte l’histoire d’un lutin envoyé par le Père Noël pour observer les enfants pendant la période de l’Avent. Chaque nuit, il retourne au pôle Nord faire son rapport, puis revient se poser ailleurs dans la maison.

Le livre est vendu avec une poupée de lutin. Le succès démarre en 2007 et devient énorme : en 2013, la famille avait déjà vendu plus de 6 millions d’exemplaires. Le lutin a eu droit à son ballon géant dans la parade de Thanksgiving de Macy’s, à New York.

Dans la version américaine, le lutin surveille plus qu’il ne fait de bêtises. Ce sont les parents qui ont commencé à le mettre en scène dans des situations de plus en plus drôles, et à poster les photos en ligne.

Le lien avec les lutins scandinaves

L’idée d’un petit être qui vit en secret dans la maison est bien plus ancienne. En Scandinavie, on l’appelle nisse en Norvège et au Danemark, tomte en Suède. C’est un petit vieux barbu, en bonnet rouge, qui veille sur la ferme et les animaux.

Le tomte rend service tant qu’on le respecte. La veille de Noël, on lui laisse un bol de bouillie de riz avec une noix de beurre. Si on l’oublie, il se venge : il noue la queue des vaches, renverse les objets, casse ce qui traîne. Une légende raconte qu’une servante, pour plaisanter, avait caché le beurre au fond du bol. Le tomte, furieux de ne pas le voir, aurait tué la meilleure vache de la ferme.

Son image actuelle doit beaucoup au poète suédois Viktor Rydberg, dont le poème Tomten, publié en 1881, a été illustré par Jenny Nyström. C’est elle qui lui a donné son allure de Père Noël miniature.

Le lutin farceur moderne a gardé de ses ancêtres le bonnet rouge, la vie cachée et le goût des bêtises. Il a perdu leur côté inquiétant.

Comment la tradition est arrivée en France

En France, le lutin s’est fait connaître à la fin des années 2010, surtout grâce à Instagram, Pinterest et aux groupes de parents sur Facebook. Le nom « lutin farceur » s’est imposé pour la version française, qui insiste moins sur la surveillance et davantage sur les bêtises.

Les enseignes ont suivi. On trouve désormais des kits avec porte d’entrée miniature à coller au bas d’un mur, lettre d’arrivée, accessoires et calendriers de farces.

Les règles du jeu

Elles varient d’une famille à l’autre, mais quelques-unes reviennent presque partout.

  • Le lutin arrive au début du mois de décembre, souvent le 1er, parfois avec une lettre qui se présente.
  • Il ne bouge que la nuit, quand tout le monde dort.
  • On ne le touche pas. Dans le livre américain, un lutin touché perd sa magie.
  • Il fait une bêtise ou une mise en scène par jour, ou presque.
  • Il repart la nuit de Noël, ou le 24 au soir, parfois en laissant un petit mot.

Beaucoup de familles ajoutent une porte de lutin miniature, collée contre une plinthe, pour mettre en scène son arrivée.

Des idées de farces qui ne prennent pas une heure

Le piège de la tradition, c’est de vouloir rivaliser avec les photos parfaites des réseaux sociaux. Les enfants, eux, se contentent de peu. Voici des idées qui se préparent en deux minutes, le soir, avec ce qu’on a sous la main.

  • Le lutin fait de la luge sur une boîte de chocolats, dans l’escalier.
  • Il a dessiné des moustaches au feutre effaçable sur les photos de famille.
  • Il pêche dans l’évier avec un fil et un trombone, au milieu de poissons en papier.
  • Il s’est caché dans le frigo, emmitouflé dans une serviette, « parce qu’il avait trop chaud ».
  • Il a écrit son nom avec des céréales ou du riz sur la table.
  • Il a enroulé le sapin de papier toilette.
  • Il prend un bain de mini-marshmallows dans un bol.
  • Il a échangé les chaussons de toute la famille.
  • Il a laissé des traces de pas en farine sur le plan de travail.
  • Il a pris le doudou en otage, avec une demande de rançon : un dessin.

Gardez une liste dans votre téléphone et notez les idées au fil de l’eau. Les soirs de fatigue, une farce déjà faite peut se décliner : le lutin revient dans le frigo, mais cette fois avec un ami.

Une tradition qui a aussi ses critiques

Le lutin n’a pas que des fans. En 2014, Laura Pinto, chercheuse en éducation au Canada, a publié avec Selena Nemorin un article remarqué pour le Centre canadien de politiques alternatives. Elles y soulignent que, dans sa version d’origine, le lutin sert à surveiller les enfants pour le compte d’une autorité extérieure, le Père Noël, et que ce jeu pourrait habituer les enfants à l’idée d’être observés. Les autrices précisent elles-mêmes qu’une poupée ne façonne pas à elle seule la vision du monde d’un enfant.

La version française, centrée sur les bêtises, échappe en partie à ce reproche. Le lutin qui renverse la farine ne fait de rapport à personne. Si l’aspect « espion du Père Noël » vous gêne, rien ne vous oblige à le garder.

L’autre critique vient des parents eux-mêmes : vingt-quatre mises en scène d’affilée, en pleine période de fêtes, c’est beaucoup. Beaucoup de familles allègent la règle. Le lutin peut se reposer certains jours, ou n’arriver que le 15 décembre.

Questions fréquentes

À quel âge les enfants croient-ils au lutin farceur ?
Il plaît en général entre 3 et 8 ans, l’âge où l’on croit aussi au Père Noël. Les plus grands aiment souvent continuer le jeu en aidant à préparer les farces des plus petits.

Que faire si l’enfant touche le lutin ?
Dans le livre, le lutin perd sa magie. Beaucoup de parents adoucissent la règle : les amateurs du jeu conseillent de saupoudrer un peu de cannelle à côté de lui, ou lui écrire un mot d’excuse pour qu’il retrouve ses pouvoirs pendant la nuit.

Faut-il acheter un lutin du commerce ?
Non. N’importe quelle poupée ou peluche fait l’affaire, et un lutin fabriqué avec un bout de feutrine et un bouchon de liège a autant de succès.

Que devient le lutin après Noël ?
Il repart au pôle Nord la nuit du 24 décembre et revient l’année suivante. Il laisse souvent une lettre d’au revoir à sa place.

Conclusion

Le lutin farceur est une tradition très récente, née d’un livre américain et d’un vieux folklore scandinave. Elle doit son succès à une idée simple : faire durer l’attente de Noël pendant vingt-quatre matins. Si vous l’adoptez, souvenez-vous que les enfants retiendront le fou rire devant le frigo, pas la qualité de la mise en scène. Et pour élargir le voyage, découvrez d’autres traditions de Noël insolites à travers le monde.

Sources