Changement d’heure : pourquoi recule-t-on encore nos montres ?
Dimanche matin, votre téléphone affichera la bonne heure tout seul. Le four, lui, aura une heure d’avance jusqu’à ce que quelqu’un s’en occupe. Deux fois par an, la France entière règle ses pendules sans trop savoir pourquoi. La raison remonte à la Première Guerre mondiale, et l’argument qui la justifie a presque disparu depuis.
En bref : dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 h du matin, il sera 2 h. On change d’heure parce qu’une directive européenne l’impose depuis 2002, dans la continuité d’une mesure française prise en 1976 pour économiser l’électricité. Le gain est aujourd’hui très faible, et l’Union européenne a voté la fin du système en 2019 sans jamais l’appliquer.
Que se passe-t-il exactement le 25 octobre ?
À 3 h du matin, les horloges reviennent à 2 h. On gagne donc une heure de sommeil, si on ne se lève pas plus tôt par habitude. Smartphones et ordinateurs se mettent à jour seuls. Les réveils, les fours, les tableaux de bord de voiture et les montres classiques attendent votre main.
La date paraît précoce, et elle l’est. La règle européenne fixe le retour à l’heure d’hiver au dernier dimanche d’octobre. Comme le 31 octobre 2026 tombe un samedi, ce dernier dimanche est le 25, soit la date la plus tôt possible. La même chose s’était produite en 2020. Le prochain changement aura lieu le 28 mars 2027, quand il faudra avancer d’une heure.
D’où vient le changement d’heure ?
L’idée la plus citée vient de Benjamin Franklin. En 1784, l’ambassadeur américain publie dans le Journal de Paris une lettre où il conseille aux Parisiens de se lever plus tôt pour user moins de bougies. Le texte relève de la plaisanterie, et personne ne change d’heure à l’époque.
Le vrai déclencheur arrive avec la guerre. Le 30 avril 1916, l’Allemagne avance ses horloges d’une heure pour économiser le charbon. Le Royaume-Uni suit trois semaines plus tard, la France en juin. Aux États-Unis, en 1918, les affiches promettent même de « gagner la guerre » grâce à une heure de jour en plus.

En 1945, la France abandonne l’heure d’été. Elle la retrouve le 28 mars 1976, après le premier choc pétrolier, quand le prix du pétrole a explosé. Le décret du 19 septembre 1975 vise alors un objectif précis : réduire l’éclairage du soir. La mesure est présentée comme provisoire. Cinquante ans plus tard, elle est toujours là.

Les pays européens s’y mettent un à un dans les années 1980, chacun avec son calendrier. Depuis 2002, la directive 2000/84/CE impose les mêmes dates à toute l’Union : dernier dimanche de mars et dernier dimanche d’octobre, à 1 h du matin en temps universel, soit 2 h ou 3 h à Paris selon la saison.
Pourquoi la France vit-elle à l’heure allemande ?
Par sa position, la France devrait vivre à l’heure de Londres. Elle a pourtant une heure d’avance sur le Royaume-Uni toute l’année. C’est un héritage de l’Occupation : en 1940, l’armée allemande impose son heure à la zone occupée, et le régime de Vichy s’aligne en 1941. À la Libération, la France garde cette heure d’Europe centrale.
Selon l’Observatoire de Paris, l’heure légale française a donc environ une heure d’avance sur le soleil en hiver, et deux heures en été. À Brest, en juillet, le soleil atteint son point le plus haut après 14 h. C’est pour cela que les soirées d’été bretonnes semblent ne jamais finir.
Le changement d’heure fait-il vraiment économiser de l’énergie ?
Un peu, de moins en moins. En 2009, l’Ademe estimait l’économie à 440 gigawattheures par an, soit environ 0,07 % de la consommation d’électricité française. Le chiffre baisse depuis, parce que les ampoules LED consomment beaucoup moins que les anciennes : éclairer une heure de moins rapporte donc moins.
D’autres effets jouent en sens inverse. Les matins plus sombres demandent plus de chauffage et d’éclairage au réveil. Au bout du compte, l’économie réelle est faible et difficile à mesurer.
| Ce que le changement d’heure modifie | Ce que l’on sait |
|---|---|
| Consommation d’électricité | environ 0,07 % d’économie en France (Ademe, 2009), en baisse avec les LED |
| Crises cardiaques | risque accru de 5 % la semaine qui suit le passage à l’heure d’été, pas d’effet net en automne |
| Moral | 11 % de diagnostics de dépression en plus après le passage à l’heure d’hiver au Danemark |
| Sommeil | une heure perdue en mars, une heure gagnée en octobre, quelques jours d’adaptation |
Quels effets sur la santé ?
Notre horloge interne bat un rythme proche de 24 heures, mais pas tout à fait : entre 23 h 30 et 24 h 30 selon les personnes, d’après Sorbonne Université. La lumière la remet à l’heure chaque matin. Quand on décale brutalement nos horaires, elle met quelques jours à suivre.
Le passage à l’heure d’été, en mars, est le plus rude : on perd une heure de sommeil et on force l’horloge à avancer. Une méta-analyse publiée en 2019 dans le Journal of Clinical Medicine, qui regroupe sept études et plus de 115 000 personnes, trouve un risque de crise cardiaque accru d’environ 5 % la semaine suivante. Après le changement d’automne, aucune hausse nette n’apparaît.
L’automne a un autre défaut. La nuit tombe d’un coup une heure plus tôt, souvent au moment où l’on rentre du travail. Une étude danoise publiée en 2017 dans la revue Epidemiology, menée sur 185 419 passages à l’hôpital pour dépression, relève 11 % de diagnostics de dépression en plus dans les semaines qui suivent le passage à l’heure d’hiver. L’effet s’estompe en une dizaine de semaines. Comme toute étude d’observation, elle montre un lien, sans prouver que l’heure en soit la seule cause.
Pour bien passer le cap, les chercheurs conseillent de garder des horaires réguliers et de s’exposer à la lumière du jour le matin. Évitez aussi les grasses matinées qui prolongent le décalage.
Pourquoi n’a-t-on toujours pas arrêté ?
Les Européens ont pourtant donné leur avis. En 2018, la Commission européenne a lancé une consultation en ligne : 4,6 millions de réponses, un record, dont 84 % en faveur de la fin du changement d’heure. En France, une consultation de l’Assemblée nationale a réuni 2,1 millions de participants début 2019. Près de 84 % voulaient arrêter, et 59 % préféraient garder l’heure d’été toute l’année.
Le 26 mars 2019, le Parlement européen vote la fin du changement d’heure pour 2021, par 410 voix contre 192. Le texte part ensuite au Conseil, où siègent les gouvernements. Il y est toujours.
Le blocage tient à une question que personne ne veut trancher : quelle heure garder ? Les pays du Nord penchent pour l’heure d’hiver, ceux du Sud pour l’heure d’été. Si chacun choisit de son côté, l’Europe risque de se retrouver avec des fuseaux différents entre voisins, un casse-tête pour les trains et les avions. En octobre 2025, l’Espagne a relancé le sujet en proposant une suppression dès 2026. Un an plus tard, aucun accord n’est en vue, et la directive de 2000 s’applique toujours.
Questions fréquentes
Gagne-t-on vraiment une heure de sommeil ?
Oui, la nuit du 24 au 25 octobre dure une heure de plus. En pratique, beaucoup de gens se réveillent à leur heure habituelle, donc plus tôt sur l’horloge, et ne profitent pas de ce bonus.
Faut-il régler son téléphone ?
Non, s’il est réglé sur l’heure automatique. Il change seul à 3 h du matin. Vérifiez plutôt les réveils classiques et les appareils électroménagers.
Quel est le prochain changement d’heure ?
Le dimanche 28 mars 2027 : à 2 h du matin, il sera 3 h. On perdra alors une heure de sommeil.
Quelle heure garderait la France si le changement disparaissait ?
Rien n’est décidé. La consultation de 2019 penchait pour l’heure d’été, ce qui donnerait des matins d’hiver très sombres : le soleil se lèverait vers 9 h 45 à Paris fin décembre.
Conclusion
Le changement d’heure a survécu à toutes ses justifications. Né pour économiser du charbon en 1916, ressuscité pour économiser du pétrole en 1976, il ne fait plus gagner qu’une part infime de notre électricité. Il tient surtout parce que les Européens ne s’entendent pas sur l’heure à garder. En attendant, dimanche, pensez au four.
Sources
- Observatoire de Paris, « L’heure d’été fête ses 40 ans », 2016
- Directive 2000/84/CE du Parlement européen et du Conseil concernant les dispositions relatives à l’heure d’été, 19 janvier 2001
- Commission européenne, proposition de directive mettant fin aux changements d’heure saisonniers, COM(2018) 639, 12 septembre 2018
- Parlement européen, résolution du 26 mars 2019 sur la fin des changements d’heure saisonniers (410 voix pour, 192 contre)
- Manfredini R. et al., « Daylight Saving Time and Acute Myocardial Infarction: A Meta-Analysis », Journal of Clinical Medicine, 2019
- Hansen B. H. et al., « Daylight Savings Time Transitions and the Incidence Rate of Unipolar Depressive Episodes », Epidemiology, 2017
- Sorbonne Université, « Changement d’heure : quels effets sur notre corps ? »
- Reporterre, « Le changement d’heure ne fait pas économiser l’énergie » (chiffres de l’Ademe)
- Assemblée nationale, compte rendu de la commission des Affaires européennes sur la consultation relative au changement d’heure, 2019
- Le Tribunal du Net, « Fin du changement d’heure : où en est la suppression ? », 2026
- Le Petit Journal Barcelone, « Changement d’heure en Espagne : pourquoi on recule encore les horloges le 25 octobre », 2026
Image à la une : Image de magnific sur Magnific (licence gratuite)
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