Des chats en prison : quand les détenus s’occupent d’animaux
Des chats qui vivent en prison, nourris et soignés par les détenus : l’idée peut faire sourire. Elle existe pourtant, en France comme à l’étranger. Aux États-Unis, des détenus accueillent dans leur cellule des chats de refuge difficiles à adopter. En Lorraine, un centre de détention a fait des dizaines de chats errants un projet pour les prisonniers. Derrière l’anecdote, une question sérieuse : un animal peut-il aider à préparer la sortie de prison ?
En bref : plusieurs prisons dans le monde confient des chats à des détenus volontaires, le plus souvent des chats de refuge à socialiser avant leur adoption. En France, le centre de détention d’Écrouves, en Meurthe-et-Moselle, a transformé un problème de chats errants en projet encadré. Ces programmes visent à apaiser le climat en détention et à responsabiliser les détenus. Les études, surtout menées sur des programmes avec des chiens, montrent des effets encourageants, mais encore mal mesurés.
À Écrouves, des chats errants devenus un projet
Le centre de détention d’Écrouves, près de Toul, accueille des hommes condamnés à de longues peines, choisis parmi ceux qui ont le plus de chances de se réinsérer. Ses bâtiments occupent une ancienne caserne militaire.
Les chats y sont arrivés seuls. En 2011, lors d’une visite, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, l’autorité indépendante qui inspecte les prisons françaises, signale une prolifération de chats errants dans l’établissement, avec les nuisances qui vont avec. Lors d’une visite suivante, ses contrôleurs constatent que les chats sont désormais en nombre raisonnable, stérilisés, et suivis par une surveillante, en lien avec une association de protection animale.
En 2024, l’établissement est allé plus loin, avec l’aménagement d’une chatterie : un espace pour les chats errants et un autre pour les chats blessés ou âgés. Les détenus volontaires participent aux soins. Les animaux restent en revanche interdits dans les bâtiments et les cellules.
Aux États-Unis, des chats de refuge en cellule
Aux États-Unis, plusieurs prisons vont plus loin et confient des chats à des détenus, qui les gardent avec eux.
Dans l’Indiana, le programme FORWARD, lancé en 2015 par une association de protection animale avec la prison de Pendleton, installe des chats de refuge dans l’établissement. Les détenus s’en occupent au quotidien, et les chats, plus sociables à la fin du programme, trouvent ensuite plus facilement une famille.
Dans l’État de Washington, le centre pénitentiaire de Larch accueille des chats qui ont eu des problèmes de comportement chez leurs anciens propriétaires. Une association locale sélectionne les détenus participants : ils doivent avoir un bon comportement et aucun antécédent de violence.
Ces programmes s’inspirent d’initiatives plus anciennes avec des chiens. Le plus célèbre, le Prison Pet Partnership, existe depuis 1981 dans une prison pour femmes de l’État de Washington : les détenues y éduquent des chiens d’assistance pour des personnes handicapées.
Pourquoi des chats ?
Les chiens dominent les programmes avec animaux en prison, parce qu’on peut les dresser et leur apprendre un métier. Les chats ont d’autres atouts. Ils sont petits, demandent peu de place et peuvent vivre en cellule. Ils n’ont pas besoin de sorties. Et beaucoup de chats de refuge, craintifs ou peu sociables, ont surtout besoin de temps et de présence humaine, ce que des détenus peuvent leur offrir mieux que quiconque.
Qu’est-ce que ça change pour les détenus ?
Les responsables de ces programmes décrivent tous les mêmes effets : des détenus plus calmes, qui retrouvent une routine et une responsabilité, et des relations plus apaisées avec les surveillants et entre codétenus. S’occuper d’un être vivant qui dépend de soi, dans un lieu où l’on n’a presque plus aucune responsabilité, a un sens particulier.
Que disent les études ? Une revue de la littérature publiée en 2016 par les criminologues Barbara Cooke et David Farrington, portant sur les programmes de dressage de chiens en prison, a trouvé des effets plutôt positifs sur le comportement et les compétences sociales des détenus, ainsi que des indices d’une baisse de la récidive. Ses auteurs soulignent toutefois que la plupart des études sont de faible qualité : petits groupes, pas toujours de comparaison, et des détenus volontaires souvent déjà plus motivés que les autres. Pour les chats, les données sont encore plus rares.
Les limites
Ces programmes demandent une vraie organisation : nourriture, soins vétérinaires, stérilisation, encadrement des détenus et protection des animaux eux-mêmes. Ils ne concernent qu’une petite minorité de prisonniers, choisis pour leur bon comportement. Et en France, la surpopulation carcérale rend ce genre de projet difficile dans la plupart des maisons d’arrêt, où les détenus sont parfois trois dans une cellule prévue pour deux.
Questions fréquentes
Les détenus peuvent-ils avoir un chat dans leur cellule en France ?
Non. Le règlement des prisons françaises n’autorise pas les animaux en cellule. À Écrouves, les chats vivent dans des espaces dédiés, à l’extérieur des bâtiments de détention.
D’où viennent les chats de ces programmes ?
Aux États-Unis, ils viennent surtout de refuges, souvent des chats difficiles à faire adopter. À Écrouves, ce sont des chats errants installés d’eux-mêmes sur le site.
Les chats sont-ils ensuite adoptés ?
Dans les programmes américains, c’est l’objectif : une fois socialisés, ils sont proposés à l’adoption, parfois aux surveillants ou aux familles des détenus.
Conclusion
Pour des détenus privés de presque toute responsabilité, un animal qui dépend d’eux redonne une routine et un lien. Les preuves scientifiques restent minces, et ces programmes mériteraient d’être mieux évalués. Pour mieux comprendre nos compagnons à moustaches, lisez notre article sur ce que l’intelligence artificielle révèle de la communication des chats.
Sources
- Contrôleur général des lieux de privation de liberté, rapport de visite du centre de détention d’Écrouves
- Ministère de la Justice, fiche du centre de détention d’Écrouves
- Barbara Cooke et David Farrington, « The effectiveness of dog-training programs in prison: a systematic review and meta-analysis of the literature », The Prison Journal, 2016
- Stéphane Godet, « Une chatterie au centre de détention d’Écrouves en Lorraine », 2024