Pourquoi a-t-on le nez qui coule quand il fait froid ?
Vous sortez par un matin de janvier, il fait −2 °C, et au bout de cinq minutes de marche il faut déjà chercher un mouchoir. Vous n’êtes pourtant pas malade : pas de fièvre, pas de gorge qui gratte. Dès que vous rentrez au chaud, tout s’arrête. Ce nez qui coule au froid a un nom, la rhinorrhée induite par le froid, et c’est un réflexe parfaitement normal.
En bref : le nez coule au froid pour deux raisons. L’air froid et sec déclenche un réflexe nerveux qui fait sécréter davantage de liquide par les glandes du nez, pour réchauffer et humidifier l’air avant qu’il n’atteigne les poumons. Et la vapeur d’eau de l’air expiré se condense dans les narines froides, comme sur une vitre. Ce n’est pas une infection, et ça s’arrête au chaud.
Le nez, un climatiseur intégré
Le nez ne sert pas seulement à sentir. Il prépare l’air qu’on respire. Quand l’air arrive dans les poumons, il doit être à près de 37 °C et presque saturé d’humidité, quelle que soit la météo dehors. C’est le nez qui fait l’essentiel de ce travail, grâce à sa muqueuse, très riche en vaisseaux sanguins et en petites glandes.
Par temps froid et sec, la tâche devient difficile. L’air à −2 °C contient très peu d’eau. Pour le réchauffer et l’humidifier, le nez doit fournir beaucoup plus de chaleur et de liquide qu’à l’ordinaire.
Premier mécanisme : un réflexe nerveux
Des capteurs dans le nez détectent l’air froid et sec. Ils déclenchent un réflexe qui passe par le système nerveux parasympathique, celui qui gère les fonctions automatiques du corps. Résultat : les glandes de la muqueuse produisent beaucoup plus de sécrétions, un liquide clair et fluide, et les vaisseaux sanguins du nez se dilatent pour apporter plus de chaleur.
Le liquide sert à humidifier l’air. Mais quand il y en a plus que le nez ne peut en évaporer, il coule. C’est le même type de réflexe qui fait couler le nez quand on mange un plat très épicé. Les médecins parlent de rhinite « non allergique » ou « réflexe », parce qu’elle n’est due ni à un virus, ni à une allergie.
On l’appelle parfois « nez du skieur », tant elle est fréquente chez les sportifs d’hiver. Les personnes âgées y sont aussi plus sujettes.
Deuxième mécanisme : la condensation
Le second phénomène est physique. L’air qu’on expire sort des poumons chaud et chargé de vapeur d’eau. En passant dans les narines, refroidies par l’air extérieur, une partie de cette vapeur se condense en gouttelettes, exactement comme la buée qui ruisselle sur une fenêtre froide ou sur un verre d’eau glacée. Ces gouttelettes s’ajoutent aux sécrétions et finissent au bout du nez.
Nez qui coule au froid ou début de rhume ?
| Nez qui coule au froid | Rhume |
|---|---|
| Liquide clair et très fluide | Liquide clair au début, puis plus épais, parfois jaune ou vert |
| S’arrête quelques minutes après être rentré au chaud | Dure plusieurs jours, même à l’intérieur |
| Pas de fièvre, pas de mal de gorge | Mal de gorge, éternuements, nez bouché, parfois fièvre légère |
| Pas de fatigue particulière | Fatigue, sensation d’être « pris » |
Si le nez continue de couler une fois au chaud, ou si d’autres signes apparaissent, c’est probablement un rhume. Nous expliquons pourquoi ces virus circulent surtout en hiver dans notre article « Est-ce qu’on tombe plus souvent malade en hiver ? ».
Le froid affaiblit-il les défenses du nez ?
Un peu, oui, et c’est une découverte récente. En 2022, une équipe de l’université Harvard a montré que les cellules du nez libèrent, au contact d’un virus, des milliards de minuscules vésicules qui servent de leurres et capturent les virus avant qu’ils n’infectent les cellules. Quand la température à l’intérieur du nez baisse d’environ 5 °C, ce qui arrive en respirant un air froid, cette défense recule de près de moitié.
Le froid ne donne donc pas le rhume par lui-même. Il faut un virus. Mais un nez refroidi le laisse entrer plus facilement.
Comment limiter le nez qui coule au froid
- Couvrir son nez avec une écharpe ou un tour de cou. L’air respiré à travers le tissu est plus chaud et plus humide, et le réflexe se déclenche moins.
- Respirer par le nez plutôt que par la bouche quand on fait un effort au froid, pour que l’air arrive moins froid dans la gorge.
- Avoir un mouchoir sous la main, et se moucher doucement, une narine après l’autre.
- Protéger la peau sous le nez, qui s’irrite vite à force d’être essuyée, avec une crème grasse ou un baume.
- Rincer le nez au sérum physiologique le soir, si la muqueuse est sèche et irritée par l’alternance froid dehors, chauffage dedans.
Pour les sportifs ou les personnes très gênées, il existe un spray nasal sur ordonnance qui bloque le réflexe nerveux responsable des sécrétions. Il se prend avant de sortir. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Questions fréquentes
Pourquoi le nez coule-t-il aussi en rentrant au chaud ?
Les vaisseaux et les glandes du nez, très sollicités dehors, mettent quelques minutes à revenir à leur état normal. Pendant ce temps, les sécrétions continuent de couler.
Le nez qui coule au froid est-il contagieux ?
Non. Il n’y a ni virus, ni bactérie en cause. C’est une simple réaction au froid.
Pourquoi certaines personnes ont-elles le nez qui coule plus que d’autres ?
La sensibilité du réflexe varie beaucoup d’une personne à l’autre. Les personnes âgées, les sportifs d’hiver et ceux qui souffrent déjà d’une rhinite allergique y sont souvent plus sujets.
Conclusion
Le nez qui coule au froid est la preuve que notre « climatiseur » fonctionne à plein régime. Il produit plus de liquide pour humidifier un air trop sec, et la vapeur expirée se condense dans des narines glacées. Rien d’inquiétant, juste un peu d’humidité de trop. Une écharpe sur le nez et un mouchoir dans la poche suffisent la plupart du temps.
Sources
- Di Huang et al., « Cold exposure impairs extracellular vesicle swarm-mediated nasal antiviral immunity », Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2023
- Ellen Foxman et al., « Temperature-dependent innate defense against the common cold virus limits viral replication at warm temperature in mouse airway cells », PNAS, 2015
- Ameli, rhinite et rhume