Est-ce qu’on tombe plus souvent malade en hiver ? Ce que dit la science
« Couvre-toi, tu vas attraper froid ! » Tout le monde a entendu cette phrase, et les médecins ont longtemps répondu qu’elle était fausse : ce sont les virus qui rendent malade, pas le froid. La réalité est entre les deux. On tombe bien plus souvent malade en hiver, et le froid y joue un rôle, mais pas celui qu’on imagine.
En bref : oui, les rhumes, la grippe et les autres infections respiratoires sont beaucoup plus fréquents en hiver. Le froid ne crée pas ces maladies, il faut toujours un virus. Mais l’hiver l’aide de plusieurs façons : l’air froid et sec permet à certains virus de survivre et de se transmettre plus facilement, un nez refroidi se défend moins bien, et on passe plus de temps dans des pièces fermées, les uns près des autres.
Les maladies d’hiver sont bien plus fréquentes
En France, la grippe circule chaque année entre novembre et mars, avec un pic en général entre fin décembre et février. La bronchiolite du nourrisson suit le même calendrier, un peu plus tôt. Les rhumes, eux, sont présents toute l’année, mais deviennent bien plus nombreux dès l’automne. Santé publique France surveille chaque hiver ces épidémies et publie leur évolution semaine après semaine.
La question est donc de savoir pourquoi. Plusieurs mécanismes se combinent.
L’air froid et sec aide le virus de la grippe
En 2007, une équipe new-yorkaise a mené une expérience devenue célèbre sur des cochons d’Inde, sensibles à la grippe comme nous. Elle a placé des animaux infectés et des animaux sains dans des cages voisines, en faisant varier la température et l’humidité. Résultat : le virus se transmettait beaucoup mieux à 5 °C qu’à 20 °C, et beaucoup mieux dans un air sec que dans un air humide. À 30 °C, il ne se transmettait presque plus par l’air.
L’explication tient en partie à la physique. Dans un air froid et sec, les gouttelettes qu’on expire s’évaporent vite et deviennent de minuscules particules qui flottent longtemps. Le virus, protégé par son enveloppe, y survit mieux. Or l’hiver, l’air extérieur est froid, et l’air intérieur chauffé devient très sec.
Un nez froid se défend moins bien
Le nez est la première porte d’entrée des virus respiratoires, et sa température compte. En 2015, des chercheurs de l’université Yale ont montré que le rhinovirus, principal responsable du rhume, se multiplie davantage à 33 °C qu’à 37 °C. La raison : à température plus basse, les cellules déclenchent moins bien leurs défenses antivirales. Or l’intérieur du nez est naturellement plus frais que le reste du corps, et il se refroidit encore quand on respire de l’air froid.
En 2022, une équipe de Harvard a ajouté une pièce au puzzle. Les cellules du nez libèrent des milliards de petites vésicules qui piègent les virus avant qu’ils n’atteignent leur cible. Quand la température du nez baisse d’environ 5 °C, cette défense recule de près de moitié.
Et « attraper froid », alors ?
Une étude britannique de 2005 s’est attaquée directement au dicton. Des chercheurs de l’université de Cardiff ont demandé à 90 volontaires de garder les pieds dans une bassine d’eau froide pendant vingt minutes, et à 90 autres de garder les pieds dans une bassine vide. Dans les cinq jours suivants, 29 % du groupe « pieds froids » a développé des symptômes de rhume, contre 9 % dans l’autre groupe.
Les auteurs avancent une explication : le froid fait se contracter les vaisseaux sanguins du nez, ce qui réduit l’arrivée des défenses immunitaires. Un virus déjà présent, sans symptômes, aurait alors le champ libre. Le froid ne crée donc pas le rhume, mais il peut lui donner l’occasion de se déclarer. La grand-mère n’avait pas tout à fait tort.
On vit les uns sur les autres
L’hiver change aussi nos habitudes. On reste davantage à l’intérieur, dans des pièces chauffées et souvent mal aérées, au bureau, dans les transports, à l’école. Les virus passent d’autant plus facilement d’une personne à l’autre que l’air est peu renouvelé. Les fêtes de fin d’année, les retours de vacances et la rentrée de janvier accélèrent encore les échanges.
D’autres facteurs sont souvent avancés, comme le manque de vitamine D faute de soleil. Le lien existe peut-être, mais les essais de supplémentation pour prévenir les infections respiratoires donnent des résultats modestes et discutés.
Ce qui protège vraiment
| Geste | Pourquoi il marche |
|---|---|
| Se laver souvent les mains | Les virus du rhume se transmettent beaucoup par les mains, les poignées, les téléphones |
| Aérer 10 minutes, deux fois par jour | Renouveler l’air diminue la quantité de virus en suspension |
| Se faire vacciner contre la grippe | Recommandé chaque automne pour les plus de 65 ans, les malades chroniques, les femmes enceintes et les soignants |
| Porter un masque quand on est malade | Limite la transmission aux autres, surtout aux personnes fragiles |
| Couvrir son nez par grand froid | Garde le nez plus chaud et ses défenses plus actives |
| Dormir suffisamment | Le manque de sommeil augmente le risque d’attraper un rhume |
| Rester chez soi quand on est malade | Évite de contaminer ses collègues |
Aucun complément, aucune tisane et aucun aliment n’a montré qu’il « booste l’immunité » de façon significative chez une personne en bonne santé. Les bases d’une alimentation variée suffisent, avec par exemple des agrumes d’hiver pour la vitamine C.
Questions fréquentes
Sortir les cheveux mouillés rend-il malade ?
Pas directement. Il faut un virus. Mais un coup de froid peut, selon l’étude de Cardiff, faciliter le déclenchement d’un rhume qu’on couvait déjà.
Pourquoi les enfants tombent-ils plus souvent malades ?
Leur système immunitaire rencontre beaucoup de virus pour la première fois, et ils vivent en collectivité, à la crèche ou à l’école. Six à huit rhumes par an sont courants chez les jeunes enfants.
Les hommes sont-ils plus douillets quand ils sont malades ?
C’est une autre question, plus taquine, et nous y répondons dans notre article sur la « grippe d’homme ».
Conclusion
Le froid seul ne rend pas malade, mais il donne un sérieux coup de main aux virus : ils survivent mieux dans l’air sec, notre nez se défend moins bien quand il est froid, et nous nous regroupons à l’intérieur. Se laver les mains, aérer et garder le nez au chaud ne sont donc pas de simples conseils de grand-mère. Pour la sensation de nez qui coule au froid, qui n’a rien à voir avec un virus, lisez notre article dédié.
Sources
- Anice Lowen et al., « Influenza virus transmission is dependent on relative humidity and temperature », PLoS Pathogens, 2007
- Ellen Foxman et al., « Temperature-dependent innate defense against the common cold virus limits viral replication at warm temperature in mouse airway cells », PNAS, 2015
- Di Huang et al., « Cold exposure impairs extracellular vesicle swarm-mediated nasal antiviral immunity », Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2023
- Claire Johnson et Ronald Eccles, « Acute cooling of the feet and the onset of common cold symptoms », Family Practice, 2005
- Santé publique France, surveillance de la grippe et des infections respiratoires
1 commentaire