Renard polaire au pelage gris épais, roulé en boule et les yeux fermés, couché sur la neige

Comment les animaux survivent-ils à l’hiver ? Hibernation, migration et autres astuces

En hiver, la nourriture se fait rare, les nuits s’allongent et le froid coûte cher en énergie. Pour un petit mammifère, garder son corps à 37 °C quand il gèle dehors revient à brûler ses réserves à toute vitesse. Chaque espèce a trouvé sa façon de tenir jusqu’au printemps : dormir, partir, s’équiper ou faire des provisions.

En bref : les animaux passent l’hiver de quatre grandes façons. Certains hibernent, en abaissant leur température et leur rythme cardiaque pour économiser leur énergie, comme la marmotte ou le hérisson. D’autres migrent vers des régions plus douces, comme beaucoup d’oiseaux. D’autres encore restent actifs en changeant de pelage ou en vivant sur des réserves. Quelques-uns, comme la grenouille des bois, supportent même de geler.

L’hibernation : mettre le corps en veille

Un animal qui hiberne abaisse volontairement sa température, son rythme cardiaque et sa respiration, et réduit sa consommation d’énergie à une fraction de la normale. Il vit sur la graisse accumulée à l’automne.

La marmotte des Alpes en est le meilleur exemple. Pendant environ six mois, elle s’enferme avec sa famille dans un terrier bouché. Sa température tombe d’environ 37 °C à quelques degrés seulement, et son cœur ne bat plus que quelques fois par minute. Elle ne reste pas endormie d’une traite : toutes les deux ou trois semaines, elle se réchauffe pendant quelques heures, sans doute pour que son organisme fonctionne un peu, avant de replonger.

En France, d’autres mammifères hibernent :

  • le hérisson, de novembre à mars environ, sous un tas de feuilles ou de bois ;
  • le loir et le lérot, qui peuvent dormir six à sept mois, d’où l’expression « dormir comme un loir » ;
  • les chauves-souris, accrochées dans les grottes, les caves ou les greniers.

Ces réveils sont coûteux. Réveiller un animal qui hiberne lui fait brûler en quelques heures des réserves prévues pour des semaines. Si vous trouvez un hérisson ou des chauves-souris endormis, laissez-les tranquilles.

Et l’ours, il hiberne ou pas ?

On a longtemps dit que l’ours ne faisait qu’une « fausse hibernation », parce que sa température baisse peu. Les biologistes ont révisé ce jugement. En 2011, une étude publiée dans Science a suivi des ours noirs en Alaska : leur température ne descend qu’à une trentaine de degrés, mais leur métabolisme tombe à environ un quart de la normale, et leur cœur ralentit fortement.

L’ours hiberne donc, à sa manière. Pendant des mois, il ne mange pas, ne boit pas, n’urine pas, et recycle ses déchets. Sa température élevée lui permet de se réveiller vite en cas de danger. Les femelles donnent même naissance à leurs petits pendant cette période, et les allaitent dans la tanière.

La migration : partir là où il fait meilleur

Plutôt que de subir l’hiver, beaucoup d’oiseaux l’évitent. Les hirondelles quittent la France en septembre pour l’Afrique au sud du Sahara et reviennent au printemps. Les grues cendrées traversent le pays en grands vols en V, en octobre et en novembre.

Le record appartient à la sterne arctique. En 2010, des chercheurs ont équipé onze de ces oiseaux de minuscules balises de 1,4 gramme. Ils ont mesuré une migration annuelle d’environ 70 900 kilomètres en moyenne, entre le Groenland et l’Antarctique, aller et retour. La sterne vit ainsi deux étés par an, et voit plus de lumière du jour que tout autre animal.

Les migrations ne concernent pas que les oiseaux. Les rennes et les caribous parcourent des centaines de kilomètres vers des zones où la neige est moins épaisse. En Amérique du Nord, les papillons monarques rejoignent les forêts du Mexique.

Rester sur place et s’adapter

D’autres animaux restent actifs tout l’hiver, au prix de quelques ajustements.

StratégieExemplesComment ça marche
Changer de pelage ou de plumageHermine, lièvre variable, lagopède alpinIls deviennent blancs pour se cacher dans la neige, et leur nouveau manteau isole mieux
Épaissir sa fourrureRenard, chamois, bouquetinUn duvet dense pousse sous les poils, comme une doudoune
Faire des provisionsÉcureuil roux, geai des chênesIls cachent des graines et des noisettes à l’automne, et en oublient une partie, qui germe
Se serrer les uns contre les autresAbeilles, manchots empereursLe groupe garde la chaleur, et chacun passe à tour de rôle au centre
Ralentir sans hibernerCarpes, grenouilles, tortues aquatiquesIls s’immobilisent au fond de l’eau, où la température reste au-dessus de 0 °C

Les abeilles mellifères en donnent un bel exemple. Elles ne dorment pas : elles se regroupent en une grappe serrée autour de la reine, et font frissonner leurs muscles de vol pour produire de la chaleur. Le cœur de la grappe reste chaud, même quand il gèle dehors, et elles se nourrissent du miel stocké en été. C’est pour ça qu’une ruche ne doit pas être ouverte en hiver.

Chez les manchots empereurs, en Antarctique, ce sont les mâles qui passent l’hiver à couver l’œuf sur leurs pattes, sans manger, pendant environ deux mois. Ils se serrent par milliers et se déplacent lentement, pour que chacun passe un moment au centre, à l’abri du vent.

Les champions du froid : geler sans mourir

La grenouille des bois, en Amérique du Nord, pousse la stratégie à l’extrême. En hiver, elle laisse geler une grande partie de l’eau de son corps. Son cœur s’arrête, elle ne respire plus. Au printemps, elle dégèle et repart.

Le secret tient au sucre. Quand le froid arrive, son foie libère de grandes quantités de glucose dans ses cellules, qui fonctionne comme un antigel. La glace se forme entre les cellules, pas à l’intérieur, ce qui évite qu’elles éclatent. Plusieurs insectes et quelques tortues utilisent des mécanismes voisins.

Le réchauffement climatique bouscule le calendrier

Ces stratégies sont réglées sur des repères précis : la longueur du jour, la température, la disponibilité de la nourriture. Des hivers plus doux les dérèglent. Des marmottes se réveillent plus tôt, alors que l’herbe n’a pas encore poussé. Certains oiseaux migrateurs raccourcissent leur voyage ou changent de destination. Une partie des fauvettes à tête noire d’Europe centrale passe désormais l’hiver en Grande-Bretagne plutôt qu’en Espagne.

Les animaux qui changent de couleur posent un problème plus visible. Un lièvre variable devenu blanc sur un sol sans neige se repère de très loin, et devient une proie facile.

Comment aider les animaux en hiver ?

Quelques gestes simples aident la faune du jardin. Laissez un coin de feuilles mortes et de branchages, où un hérisson pourra hiberner. Si vous nourrissez les oiseaux, la Ligue pour la protection des oiseaux conseille de le faire pendant les périodes de froid, avec des graines de tournesol ou des boules de graisse sans filet, et de garder un point d’eau dégelé. Évitez le pain, qui n’est pas adapté.

Questions fréquentes

Quelle différence entre hibernation et sommeil ?
Pendant le sommeil, la température et le métabolisme baissent à peine. Pendant l’hibernation, ils chutent fortement et pendant des semaines. Un animal qui hiberne ne se réveille pas au moindre bruit.

Quel animal dort le plus longtemps en hiver ?
En France, le loir et la marmotte détiennent les records, avec six à sept mois de vie au ralenti selon l’altitude et le climat.

Les poissons gèlent-ils dans les lacs ?
Non. La glace se forme en surface et isole l’eau en dessous, qui reste autour de 4 °C au fond. Les poissons ralentissent et attendent le printemps.

Conclusion

Dormir, partir, s’équiper ou geler : chaque espèce a trouvé sa façon de traverser la mauvaise saison, souvent avec une précision étonnante. Une marmotte qui se réveille toutes les deux semaines, une sterne qui fait le tour du monde ou une grenouille gelée qui repart au printemps rappellent que l’hiver est une épreuve dont la plupart sortent vivants. Pour découvrir d’autres prouesses de la nature, lisez notre article sur les animaux les plus intelligents.

Sources