C’est quoi une COP, et à quoi sert-elle ?
Du 9 au 20 novembre 2026, la COP31 réunit près de 200 pays à Antalya. Qui négocie, comment on décide sans voter, et ce que ces conférences ont changé.

Chaque automne, le même rituel revient aux informations. Des milliers de délégués se retrouvent dans une ville lointaine, négocient jour et nuit, et finissent souvent par un accord arraché au petit matin, avec un jour de retard. Cette année, la scène se joue à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026. C’est la COP31. Mais qui décide quoi, dans ces réunions, et pourquoi en sort-il si rarement ce que les militants espèrent ?
En bref : une COP, ou « Conférence des Parties », est la réunion annuelle des pays qui ont signé la convention de l’ONU sur le climat de 1992. Ils y négocient ensemble la manière de limiter le réchauffement et d’en financer les conséquences. Les décisions se prennent par consensus, sans vote, ce qui donne à chaque pays un droit de veto.
C’est quoi une COP, exactement ?
Une COP est l’organe suprême de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qu’on abrège en CCNUCC. Ce traité a été adopté à New York le 9 mai 1992, puis ouvert à la signature au Sommet de la Terre de Rio, en juin de la même année. Il est entré en vigueur le 21 mars 1994.
Le mot « Parties » désigne les signataires. Ils étaient 198 en 2022 : presque tous les pays du monde, plus l’Union européenne, qui signe en son nom propre. La convention leur fixe un objectif très général, stabiliser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui évite une perturbation « dangereuse » du climat. Elle ne dit pas comment. C’est le travail des COP.
La première s’est tenue à Berlin en 1995. Depuis, il y en a une par an, avec une seule exception : la COP26 de Glasgow, prévue en 2020, a été repoussée d’un an à cause du Covid. D’où le numéro 31 en 2026.
Qui participe, et qui décide ?
Tous les pays signataires envoient une délégation, avec un ministre pour les derniers jours. Autour d’eux gravitent des observateurs : ONG, scientifiques, entreprises, syndicats, peuples autochtones. Ils n’ont pas de voix dans les décisions, mais ils pèsent sur les débats. À Belém, au Brésil, en 2025, environ 56 000 personnes étaient accréditées, selon le ministère français de la Transition écologique.
Les pays négocient rarement seuls. Ils forment des blocs : l’Union européenne parle d’une voix, les petits États insulaires se regroupent, tout comme les pays les moins avancés ou le « G77 et la Chine », qui rassemble la plupart des pays en développement. Une COP ressemble à une partie d’échecs à plusieurs dizaines de joueurs.
Le pays hôte préside. La présidence tourne entre les cinq groupes régionaux de l’ONU (Afrique, Asie-Pacifique, Europe de l’Est, Amérique latine et Caraïbes, Europe de l’Ouest et autres). En 2026, c’était le tour du dernier groupe, où l’Australie et la Turquie étaient candidates. Aucune ne voulait céder. Le compromis, trouvé à Belém en novembre 2025, ne s’était jamais vu : la Turquie accueille et préside la COP31, avec son ministre de l’Environnement Murat Kurum, et le ministre australien du Climat, Chris Bowen, conduit les négociations.
Pourquoi décide-t-on sans voter ?
Parce que les pays ne se sont jamais mis d’accord sur la façon de voter. En 1995, la première COP a adopté son règlement intérieur, sauf un article : la règle 42, qui fixe la majorité nécessaire. Certains voulaient une majorité des deux tiers, d’autres des trois quarts, et un groupe de pays exigeait que les décisions importantes se prennent toutes par consensus. Trente ans plus tard, le sujet n’est toujours pas tranché. Faute de règle, chaque décision passe donc par le consensus.
Concrètement, le président déclare un texte adopté quand personne ne s’y oppose formellement en séance. Ce coup de marteau peut se jouer à la seconde près, quand un délégué lève la main trop tard. Mais un seul pays déterminé peut tout bloquer, et chacun le sait.
Résultat : les textes finaux visent le plus petit dénominateur commun. Un mot comme « sortir » des énergies fossiles peut devenir « s’éloigner », puis disparaître. C’est le prix à payer pour que l’Arabie saoudite, les Maldives et les États-Unis signent le même papier.
Qu’est-ce que les COP ont changé ?
Deux textes sortent du lot.
Le protocole de Kyoto, adopté à la COP3 le 11 décembre 1997, a fixé pour la première fois des objectifs chiffrés et contraignants. Les pays industrialisés devaient réduire leurs émissions d’au moins 5 % en moyenne entre 2008 et 2012, par rapport à 1990. Il n’est entré en vigueur qu’en 2005, sans les États-Unis, qui ne l’ont jamais ratifié. Et il ne demandait rien à la Chine ni à l’Inde, alors en plein décollage.
L’accord de Paris, adopté à la COP21 le 12 décembre 2015, a changé de méthode. Tous les pays s’engagent, mais chacun fixe lui-même son objectif, appelé « contribution déterminée au niveau national ». Ces engagements doivent être revus tous les cinq ans, en visant plus haut à chaque fois. Le but commun : contenir le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C » par rapport à l’ère préindustrielle, en poursuivant l’effort pour rester à 1,5 °C. L’accord est entré en vigueur le 4 novembre 2016, un record de vitesse pour un traité de cette taille.
| Protocole de Kyoto (1997) | Accord de Paris (2015) | |
|---|---|---|
| Qui s’engage | les pays industrialisés | tous les pays |
| Qui fixe l’objectif | la négociation | chaque pays pour lui-même |
| Objectif | au moins 5 % de baisse d’émissions entre 2008 et 2012 | rester nettement sous 2 °C, viser 1,5 °C |
| Sanction | un mécanisme de contrôle | aucune, la pression passe par la transparence |
D’autres COP ont posé des briques plus discrètes. La COP28 de Dubaï, en 2023, a mentionné pour la première fois la transition hors des énergies fossiles dans une décision finale. La COP30 de Belém, en 2025, a décidé de tripler l’argent consacré à l’adaptation d’ici 2035, sans reprendre cette mention des énergies fossiles.
Pourquoi les COP déçoivent-elles si souvent ?
Parce qu’elles promettent plus qu’elles ne peuvent tenir. Une COP ne peut obliger aucun pays à fermer une centrale à charbon. Elle fixe un cadre, des règles de calcul, des calendriers. Le reste dépend des gouvernements, une fois rentrés chez eux.
Le système a aussi ses fragilités. Les États-Unis ont quitté l’accord de Paris en 2020, l’ont rejoint en 2021, puis en sont ressortis en 2026. Et rien n’empêche un autre pays de suivre.
Les chiffres disent où on en est. Selon le rapport 2025 du Programme des Nations unies pour l’environnement, les politiques en place mènent à un réchauffement d’environ 2,8 °C d’ici la fin du siècle. Si tous les pays tenaient leurs promesses, on descendrait vers 2,3 à 2,5 °C. Trop, de loin. Un an plus tôt, le même rapport annonçait 3,1 °C. Les COP sont lentes et imparfaites. Elles restent le seul endroit où Tuvalu, menacé par la montée de la mer, parle d’égal à égal avec la Chine.
Que va-t-il se jouer à Antalya ?
La COP31 se tient au centre des expositions d’Antalya, avec un sommet des chefs d’État les 11 et 12 novembre. La réunion préparatoire, la « pré-COP », a eu lieu aux Fidji début octobre, un signe envoyé aux îles du Pacifique, les plus exposées à la montée des eaux.
Le premier dossier est connu d’avance : les engagements nationaux remis depuis 2025 restent loin du compte pour 1,5 °C, et les pays les plus exposés vont le rappeler. L’autre est celui qui fâche depuis Dubaï. Faut-il remettre la sortie des énergies fossiles noir sur blanc, après l’avoir laissée de côté à Belém ? Franchement, vu la règle du consensus, on aurait tort de parier dessus.
Questions fréquentes
Que veut dire COP ?
C’est l’abréviation anglaise de « Conference of the Parties », Conférence des Parties. Les Parties sont les pays signataires de la convention climat de l’ONU, plus l’Union européenne.
Combien de pays participent à une COP ?
Presque tous : la convention comptait 198 Parties en 2022. La quasi-totalité envoie une délégation chaque année, même si leur taille varie de quelques personnes à plusieurs centaines.
Les décisions d’une COP sont-elles obligatoires ?
Cela dépend du texte. Les traités ratifiés, comme l’accord de Paris, lient juridiquement les pays sur la procédure : publier un objectif, le revoir, rendre des comptes. Le niveau de l’objectif, lui, reste libre, et aucune sanction n’existe si un pays ne le tient pas.
Où aura lieu la COP32 ?
C’est au tour du groupe africain. En novembre 2025, il a choisi l’Éthiopie, qui veut l’accueillir à Addis-Abeba en 2027.
Conclusion
Une COP est une négociation à 198 où chacun peut dire non. Cela explique ses lenteurs, ses textes tièdes et ses nuits blanches. Cela explique aussi pourquoi ses rares avancées tiennent : quand l’Arabie saoudite et les Fidji ont signé la même phrase, plus personne ne peut dire qu’on la lui a imposée. Le 20 novembre, ou plus probablement le 21 au matin, il faudra lire le texte final d’Antalya mot à mot, et regarder surtout les verbes : « sortir », « réduire » ou « encourager » ne promettent pas du tout la même chose.
Pour aller plus loin sur le climat, lisez notre article sur 2024, année record pour le réchauffement climatique et celui sur les 3 500 espèces animales menacées par le changement climatique.
Sources
- Nations unies, Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, 1992
- CCNUCC, projet de règlement intérieur appliqué par la COP, à l’exception de la règle 42, FCCC/CP/1996/2
- CCNUCC, protocole de Kyoto
- Nations unies, Collection des traités, accord de Paris, état et entrée en vigueur
- Accord de Paris, texte intégral, 2015
- Ministère de la Transition écologique, « COP30 : un accord a minima », 2025
- Premier ministre d’Australie, « COP to be hosted by Türkiye with Australia leading negotiations », 2025
- Climate Home News, « Türkiye says it has « final decision » at COP31 despite Australia running negotiations », 2026
- Wikipédia, « 2026 United Nations Climate Change Conference » (dates, pré-COP aux Fidji, sommet des dirigeants)
- Programme des Nations unies pour l’environnement, « Emissions Gap Report 2025: Off Target », 2025
- Wikipédia, « United Nations Framework Convention on Climate Change » (nombre de Parties, retraits américains de l’accord de Paris)
- Mongabay, « Ethiopia set to be named host of 2027 UN climate talks », 2025
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