Le thé protège-t-il vraiment des AVC ?
Thé et AVC : une étude sur 486 000 Chinois lie le thé à moins de maladies vasculaires, sauf bu brûlant. Ce qu'elle montre, et ce qu'elle ne prouve pas.

Fin octobre, plusieurs médias ont annoncé que le thé réduisait le risque d’AVC, « à condition de ne pas le boire trop chaud ». La nouvelle a de quoi plaire : une boisson banale, bon marché, qui protégerait le cerveau. Elle repose sur une étude sérieuse, menée sur près d’un demi-million de personnes en Chine. Mais ce type d’étude ne permet pas de dire ce que les titres ont dit. Voici ce qu’elle montre vraiment.
En bref : une étude publiée en octobre 2026 dans le Journal of Internal Medicine, qui a suivi 485 934 adultes chinois pendant neuf ans, associe le thé régulier à un risque de maladie vasculaire plus faible de 11 %. Elle ne prouve pas qu’il protège. Le thé bu brûlant, lui, est associé à un risque plus élevé de 16 %.
Qu’a trouvé l’étude ?
Les buveurs réguliers de thé ont eu moins de maladies vasculaires que les autres pendant le suivi. Ce terme regroupe les maladies des vaisseaux sanguins, dont l’infarctus et l’accident vasculaire cérébral (AVC), quand un vaisseau du cerveau se bouche ou se rompt.
L’écart est de 11 % sur l’ensemble des maladies vasculaires. Selon Euronews, qui a consulté l’article complet, l’association la plus forte concerne l’AVC ischémique, celui causé par un caillot, avec un risque plus faible d’environ 37 %. Le résumé publié de l’étude ne donne pas ce chiffre, il faut donc le prendre avec prudence.
Deux détails ont surpris. Le thé noir montre une association plus nette que le thé vert, pourtant réputé meilleur pour la santé. Et le risque le plus bas apparaît chez ceux qui boivent six à huit tasses par jour, bien plus que la consommation habituelle.
Qui a mené l’étude, et comment ?
L’étude est signée par Zichen Ye et ses collègues, au nom du groupe de la China Kadoorie Biobank. Cette cohorte, menée par l’université de Pékin et l’université d’Oxford, suit environ 500 000 adultes recrutés dans dix régions de Chine entre 2004 et 2008. L’article a été publié en ligne le 21 octobre 2026.
Au départ, les participants ont rempli un questionnaire sur leurs habitudes : fréquence du thé, type, force de l’infusion et température à laquelle ils le boivent. Les chercheurs ont ensuite suivi leur santé pendant 9 ans en moyenne, grâce aux registres de décès et aux données d’assurance maladie. Sur la période, 14 863 participants ont développé une maladie vasculaire.
C’est une étude d’observation. On regarde ce qui arrive aux gens selon leurs habitudes, sans rien leur imposer. Ce type d’étude montre un lien. Seul un essai contrôlé, où l’on tire au sort qui boit du thé et qui n’en boit pas, pourrait montrer que le thé en est la cause.
Que veulent dire ces chiffres, concrètement ?
Un risque réduit de 11 % ne veut pas dire que 11 % des buveurs de thé échappent à la maladie. C’est une baisse relative, calculée sur un risque de départ.
Pour un ordre de grandeur : sur l’ensemble de la cohorte, environ 3 personnes sur 100 ont développé une maladie vasculaire en neuf ans (14 863 sur 485 934). Une baisse relative de 11 % ferait passer ce risque d’environ 3 sur 100 à un peu moins de 2,7 sur 100. L’écart existe, mais il est modeste à l’échelle d’une personne.
| Ce que l’étude a mesuré | Résultat |
|---|---|
| Participants | 485 934 adultes chinois |
| Suivi moyen | 9 ans |
| Maladies vasculaires (buveurs réguliers) | risque plus faible de 11 % |
| AVC ischémique | risque plus faible d’environ 37 % (chiffre rapporté par Euronews) |
| Thé « brûlant » | risque plus élevé de 16 % |
| Thé + pas de tabac + activité physique élevée | risque plus faible de 45 % |
| Quantité associée au risque le plus bas | 6 à 8 tasses par jour |
Lien ou cause : quelles limites ?
La principale limite tient au type d’étude. Les buveurs de thé ne ressemblent pas en tout point aux autres. Ils peuvent manger différemment, fumer moins, avoir d’autres revenus. Les chercheurs corrigent leurs calculs pour tenir compte de ces facteurs, mais jamais de tous.
Le résultat le plus fort de l’étude le montre bien. Le risque le plus bas (45 % de moins) concerne les buveurs de thé qui ne fument pas et sont très actifs. Le tabac et le sport pèsent probablement plus lourd que la tasse.
D’autres limites s’ajoutent. Les habitudes ont été déclarées une seule fois, au début, alors qu’elles changent en neuf ans. Et les participants vivent en Chine, où le thé vert domine (près de 87 % des buveurs quotidiens dans l’analyse de 2019) : le résultat ne se transpose pas tel quel à un Français qui boit un thé noir au lait le matin.
Une diététicienne de la British Heart Foundation, Dell Stanford, a d’ailleurs rappelé à Euronews que ces données ne prouvent pas qu’une tasse par jour protège le cœur.
Ce que disaient les études précédentes
Ce résultat n’arrive pas de nulle part. En 2019, la même cohorte avait déjà publié une analyse sur 487 377 personnes dans l’American Journal of Clinical Nutrition. Les buveurs quotidiens de thé avaient un risque d’AVC légèrement plus faible (8 % de moins), surtout avec le thé vert, et surtout chez les hommes.
Les auteurs de 2019 notaient aussi que les études précédentes, menées surtout en Occident et au Japon, aboutissaient à des conclusions contradictoires. Le lien entre thé et AVC revient donc d’une étude à l’autre, mais il reste faible et sa cause reste discutée.
Le piège du thé brûlant
C’est la partie la plus solide du sujet, et elle n’a rien à voir avec l’AVC. En 2016, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’OMS basée à Lyon, a classé la consommation de boissons très chaudes, au-dessus de 65 °C, comme « probablement cancérogène » pour l’humain. Elle augmente le risque de cancer de l’œsophage, le tube qui relie la bouche à l’estomac.
Le CIRC s’appuyait sur des études menées en Chine, en Iran, en Turquie et en Amérique du Sud, où le thé ou le maté se boivent souvent autour de 70 °C. Le risque augmentait avec la température. Pour le CIRC, la température semble en cause, plutôt que la boisson elle-même.
La nouvelle étude va dans le même sens pour les vaisseaux, avec 16 % de risque vasculaire en plus chez ceux qui boivent leur thé brûlant. Le conseil pratique est simple : laissez refroidir votre tasse quelques minutes avant de la boire.
Verdict : nuancé
Le thé est associé à moins de maladies vasculaires dans une très grande étude, et ce lien se retrouve dans des travaux plus anciens. C’est rassurant pour les amateurs. En revanche, rien ne prouve qu’en boire plus protège de l’AVC, et l’écart reste modeste pour une personne. Le seul conseil vraiment étayé concerne la température.
Si vous voulez réduire votre risque d’AVC, parlez-en à votre médecin. Dans l’étude elle-même, ne pas fumer et bouger beaucoup font bien plus que la tasse de thé.
Questions fréquentes
Le thé vert est-il meilleur que le thé noir ?
Pas dans cette étude, où le thé noir montre l’association la plus nette. L’étude de 2019 sur la même cohorte trouvait l’inverse. Aucune des deux ne permet de trancher.
À quelle température boire son thé ?
Le CIRC fixe le seuil des boissons « très chaudes » à 65 °C. Un thé fraîchement versé dépasse souvent cette température : attendre quelques minutes suffit.
Faut-il boire six tasses de thé par jour ?
Non. Ce chiffre correspond au risque le plus bas observé dans l’étude, sans preuve d’un effet de cause à effet. Le thé contient de la caféine, à prendre en compte si vous êtes sensible ou enceinte.
Conclusion
Cette étude ajoute une pierre solide à un édifice encore fragile. Le thé n’est pas un médicament contre l’AVC, et personne ne devrait se forcer à en boire. Il reste une boisson agréable. Le seul vrai message de santé publique tient en une phrase : ne la buvez pas brûlante.
Pour d’autres études sur ce que nous buvons, lisez notre article sur la caféine et la longévité, et celui sur l’activité physique et le cœur.
Cet article explique, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
Sources
- Ye Z., Wang Y., Qu Y. et al., China Kadoorie Biobank Collaborative Group, « Habitual tea consumption is associated with lower cardiovascular disease risk », Journal of Internal Medicine, 21 octobre 2026
- Résumé de l’étude sur PubMed (PMID 42902821)
- Euronews, « Le thé réduit le risque d’AVC, à condition de ne pas le boire trop chaud », 22 octobre 2026
- Tian X. et al., « Tea consumption and risk of stroke in Chinese adults: a prospective cohort study of 0.5 million men and women », American Journal of Clinical Nutrition, 2019
- Centre international de recherche sur le cancer, communiqué n° 244 « IARC Monographs evaluate drinking coffee, maté, and very hot beverages », 15 juin 2016
- Wikipédia, « China Kadoorie Biobank »
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