Route du Rhum : l’histoire de la course en solitaire vers la Guadeloupe
Le dimanche 1er novembre 2026, à 13 h 02, 118 skippers vont quitter Saint-Malo, seuls à bord, cap sur la Guadeloupe. Tous les quatre ans, la même scène remplit les remparts de la cité corsaire. Mais pourquoi une course de voile bretonne porte-t-elle le nom d’un alcool des Antilles ? L’histoire de la Route du Rhum commence par une affaire de ventes, et bascule dès la première édition dans la légende.
En bref : la Route du Rhum est une course transatlantique en solitaire, créée en 1978, qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre tous les quatre ans. Elle est née de la volonté des producteurs de rhum antillais de faire parler de leur produit. Sa première édition s’est jouée à 98 secondes, et a été marquée par la disparition d’Alain Colas.
Pourquoi une course qui s’appelle « le Rhum » ?
Parce que ce sont les producteurs de rhum qui l’ont voulue. En 1975, Bernard Haas, secrétaire général de l’union des producteurs de rhum des Antilles, cherche un moyen de relancer les ventes, selon l’histoire de la course retracée par Wikipédia. L’idée d’une course à la voile vers les Antilles, à l’automne, fait son chemin. Les producteurs guadeloupéens promettent une forte dotation.
Le publicitaire Michel Etevenon monte l’organisation. Il a aussi un compte à régler avec les Anglais : la Transat anglaise vient de limiter la taille des bateaux. Sa course sera ouverte à tous, monocoques comme multicoques, sans limite de longueur. Le parcours est présenté en mai 1978, d’après le site Boatnews.
La Guadeloupe n’a jamais lâché la course. Son nom officiel est aujourd’hui « Route du Rhum – Destination Guadeloupe ».
Que s’est-il passé en 1978 ?
Une arrivée que personne n’a oubliée. Le 5 novembre 1978, 38 concurrents s’élancent de Saint-Malo. Vingt-trois jours plus tard, le Canadien Mike Birch, sur un petit trimaran de 11 mètres, Olympus Photo, coupe la ligne à Pointe-à-Pitre. Derrière lui, le Français Michel Malinovsky, sur le grand monocoque Kriter V, arrive 98 secondes après.
Ces 98 secondes ont fait beaucoup pour la réputation de la course. Après plus de 3 500 milles de mer, deux bateaux qui n’avaient rien en commun se retrouvent presque bord à bord. Le combat entre les multicoques, rapides et fragiles, et les monocoques, plus sûrs, venait de commencer. Les multicoques l’ont emporté depuis à chaque édition.
La même édition a aussi son drame. Alain Colas, vainqueur de la Transat anglaise en 1972, disparaît au large des Açores le 16 novembre 1978, à bord de son trimaran Manureva, ex-Pen Duick IV. Ni le marin ni le bateau n’ont jamais été retrouvés.
Quels sont les grands moments de la course ?
Douze éditions ont eu lieu. Quelques noms reviennent dès qu’on en parle.
Florence Arthaud gagne en 1990 sur le trimaran Pierre 1er, en un peu plus de 14 jours. Elle reste à ce jour la seule femme à avoir remporté la course au classement général. Quatre ans plus tôt, en 1986, elle avait découvert en mer le catamaran retourné et vide de Loïc Caradec, disparu pendant l’épreuve.
Laurent Bourgnon gagne deux fois de suite, en 1994 et 1998, et il est le seul à l’avoir fait. En 2018, Francis Joyon, 62 ans, s’impose sur IDEC Sport avec environ sept minutes d’avance sur François Gabart, après plus de sept jours de mer. Un deuxième finish au chronomètre, quarante ans après le premier.
| Année | Vainqueur | Bateau | Temps |
|---|---|---|---|
| 1978 | Mike Birch | Olympus Photo | 23 j 6 h 59 min |
| 1990 | Florence Arthaud | Pierre 1er | 14 j 10 h 8 min |
| 2006 | Lionel Lemonchois | Gitana 11 | 7 j 17 h 19 min |
| 2018 | Francis Joyon | IDEC Sport | 7 j 14 h 21 min |
| 2022 | Charles Caudrelier | Maxi Edmond de Rothschild | 6 j 19 h 47 min |
Le temps a été divisé par plus de trois en quarante-quatre ans. Le record actuel appartient à Charles Caudrelier, en 2022, en 6 jours 19 heures et 47 minutes.
Quels bateaux prennent le départ ?
En 2026, six catégories partent sur la même ligne, selon l’annonce de la classe IMOCA. Le tableau ci-dessous reprend le nombre d’inscrits publié par Boatnews en avril 2026.
| Classe | Bateaux | Inscrits |
|---|---|---|
| Ultim | trimarans géants de 32 mètres | 6 |
| Ocean Fifty | trimarans de 50 pieds (15 mètres) | 11 |
| IMOCA | monocoques de 60 pieds, ceux du Vendée Globe | 26 |
| Class40 | monocoques de 40 pieds (12 mètres) | 49 |
| Vintage Multi | anciens multicoques rénovés | 13 |
| Vintage Mono | anciens monocoques | 13 |
Les Ultim visent la victoire au classement général. Leurs foils, des appendices en forme d’aile, soulèvent la coque au-dessus de l’eau à grande vitesse. La Class40, elle, est la catégorie la plus nombreuse, avec beaucoup d’amateurs. Chaque classe a son propre vainqueur. En 2022, Thomas Ruyant avait gagné en IMOCA et Yoann Richomme en Class40.
Les deux classes Vintage remplacent cette année les anciennes catégories « Rhum », qui accueillaient les bateaux hors des grandes classes. On y retrouve d’anciens trimarans de course des années 1990 et 2000.
Quelle différence avec le Vendée Globe ?
Les deux courses se font en solitaire et tous les quatre ans, mais elles n’ont pas grand-chose d’autre en commun. Le Vendée Globe est un tour du monde sans escale ni assistance, qui dure plus de deux mois. La Route du Rhum est une traversée de l’Atlantique d’une à trois semaines selon le bateau.
| Route du Rhum | Vendée Globe | |
|---|---|---|
| Parcours | Saint-Malo, Pointe-à-Pitre | tour du monde au départ des Sables-d’Olonne |
| Distance théorique | environ 3 500 milles | environ 24 000 milles |
| Durée pour les plus rapides | moins de 7 jours | plus de 60 jours |
| Bateaux | six classes, du Class40 à l’Ultim | IMOCA uniquement |
| Première édition | 1978 | 1989 |
La Route du Rhum sert souvent de répétition. Les skippers IMOCA y testent leur bateau deux ans avant le Vendée Globe suivant, sur un parcours plus court mais très exigeant au départ, avec le golfe de Gascogne en novembre.
Pourquoi le départ en novembre est-il redouté ?
Parce que les premières nuits tombent en pleine saison des dépressions. Le golfe de Gascogne, à l’automne, réserve souvent des vents forts et une mer croisée. En 1982, 21 concurrents ont abandonné, dont Éric Tabarly.
Pour comprendre ces vents d’automne, il faut regarder comment se forment les dépressions sur l’Atlantique, un sujet qu’on détaille dans notre article D’où vient le vent ?. Les grosses tempêtes reçoivent d’ailleurs un prénom, selon des règles expliquées ici. Passé les Açores, la flotte attrape les alizés, ces vents réguliers qui portent vers les Antilles.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la Route du Rhum ?
Moins de sept jours pour les Ultim les plus rapides, autour de onze à douze jours pour les premiers IMOCA, et deux à trois semaines pour les derniers Class40 ou Vintage.
Peut-on assister au départ ?
Oui, le village de la course est ouvert gratuitement à Saint-Malo à partir du 20 octobre 2026, selon l’annonce relayée par la classe IMOCA. Le départ se regarde depuis les remparts et la côte autour de Saint-Malo.
Qui a gagné le plus de fois ?
Laurent Bourgnon, avec deux victoires au classement général, en 1994 et en 1998.
Le skipper peut-il recevoir de l’aide ?
Il navigue seul, mais il peut s’arrêter dans un port pour réparer. Il reste alors en course, avec le temps perdu.
Conclusion
La Route du Rhum est née d’une idée de vendeurs de rhum et d’un organisateur qui voulait défier les Anglais. Quarante-huit ans plus tard, elle reste l’une des rares courses où un trimaran de 32 mètres et un monocoque des années 1980 partent sur la même ligne. En 1978, 98 secondes séparaient les deux premiers. Les skippers de 2026 rêvent d’un final aussi serré, ce qui, sur 6 500 kilomètres d’océan, tient presque du miracle.
Sources
- IMOCA, « The 13th Route du Rhum – Destination Guadeloupe will set sail on November 1, 2026 »
- Boatnews, « Route du Rhum 2026, 118 skippers selected and a record fleet announced », avril 2026
- Boatnews, « How did the Route du Rhum enter the legend »
- Wikipédia, « Route du Rhum » (palmarès, histoire, éditions)
Image à la une : Image de bublikhaus sur Magnific
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