Halloween : d’où vient cette fête, et pourquoi la France l’a boudée ?
Le 31 octobre 1997, plus de 8 000 citrouilles envahissent l’esplanade du Trocadéro, à Paris. Elles servent à vendre un téléphone portable. Presque trente ans plus tard, Halloween est toujours là, entre les rayons de bonbons et les vacances de la Toussaint, mais il ne s’est jamais vraiment installé dans les habitudes françaises. Pour comprendre ce rendez-vous manqué, il faut remonter bien plus loin que les années 1990, jusqu’aux campagnes irlandaises d’il y a deux mille ans.
En bref : Halloween vient de Samain, une fête celte qui marquait le passage à la saison sombre, autour du 1er novembre. L’Église l’a recouverte par la Toussaint, et le nom vient de l’anglais « All Hallows’ Eve », la veille de tous les saints. Les immigrés irlandais l’ont emportée aux États-Unis, d’où elle est revenue en France dans les années 1990.
Qu’était Samain, la fête celte à l’origine d’Halloween ?
C’était la fête qui ouvrait la moitié sombre de l’année, chez les Celtes d’Irlande et de Grande-Bretagne. Les récoltes étaient rentrées, les troupeaux redescendus, et l’hiver commençait. Selon Hérodote.net, cette fête remonte à plus de 2 500 ans et durait plusieurs jours, avec des festins et des rites pour la nouvelle année.
Samain honorait aussi l’esprit des défunts. Cette nuit-là, croyait-on, les morts pouvaient revenir parmi les vivants. Les déguisements d’aujourd’hui en gardent un lointain écho, même si on connaît mal le détail des rites celtes, transmis surtout par des textes chrétiens bien plus tardifs.
Comment l’Église a-t-elle transformé Samain en Toussaint ?
Elle a placé une grande fête chrétienne au même moment. Au IXe siècle, le pape Grégoire IV fixe la fête de tous les saints au 1er novembre pour toute l’Église, d’après Hérodote.net. La Toussaint tombe ainsi pile sur l’ancienne date de Samain.
La veille de la Toussaint se dit en vieil anglais « All Hallows’ Eve », le soir de tous les saints. Avec le temps, l’expression s’est contractée en « Hallowe’en », puis en Halloween. Le nom de la fête est donc chrétien, même si une bonne partie de ses rites vient d’avant.
Ce mélange n’a rien d’exceptionnel. Le poisson d’avril ou plusieurs traditions de Noël mêlent aussi des couches très anciennes et des habitudes plus récentes.
Comment Halloween est-il arrivé aux États-Unis ?
Dans les bagages des Irlandais. Au milieu du XIXe siècle, la Grande Famine pousse des centaines de milliers d’entre eux à quitter l’île. Hérodote.net parle de deux millions d’émigrants vers les États-Unis, qui fuient la misère et emportent leurs coutumes, dont celles de la nuit du 31 octobre.
Aux États-Unis, la fête change de visage. Elle perd son sens religieux et devient une fête de quartier, puis une fête commerciale. La tournée des enfants qui réclament des friandises, le fameux « trick or treat » (« un bonbon ou un sort »), se généralise au XXe siècle. Aujourd’hui, Halloween y représente environ 8 milliards de dollars de dépenses chaque année, toujours selon Hérodote.net.
Pourquoi une citrouille ?
Parce que les navets étaient trop petits. En Irlande, on sculptait des navets ou des betteraves pour y glisser une braise ou une bougie. Une légende raconte l’histoire de Jack l’avare, un homme qui aurait trompé le diable et qui, refusé au paradis comme en enfer, errerait la nuit avec sa lanterne. D’où le nom de « jack-o’-lantern » donné à ces lanternes.
Arrivés en Amérique, les Irlandais trouvent la citrouille, très cultivée sur place, plus grosse et bien plus facile à creuser. Elle remplace le navet. La citrouille est donc une adaptation américaine, plus récente que la fête elle-même.
La France avait d’ailleurs sa propre version. Dans le Finistère, entre le XVe et le XXe siècle, on évidait des betteraves en forme de tête, avec une bougie à l’intérieur, pour effrayer les passants, selon The Local. Une pratique proche existait en Lorraine.
Pourquoi Halloween a-t-il explosé en France en 1997 ?
Parce que des marques l’ont poussé. En octobre 1997, France Télécom lance une campagne baptisée « Olaween » pour son téléphone portable Ola, avec des affiches orange et des milliers de citrouilles au Trocadéro. Le New York Times du 31 octobre 1997 raconte la scène, et note que l’entreprise vient d’entrer en Bourse le même mois.
D’autres suivent. Cette année-là, Hallmark vend pour la première fois des cartes d’Halloween en France, les Galeries Lafayette ouvrent un rayon spécial, et le prix de la citrouille grimpe de 12,5 % en une semaine au marché de Rungis. Une ethnologue du musée des Arts et Traditions populaires, Marie-France Gueusquin, prévient pourtant dans le même article qu’il ne s’agit « absolument pas » d’une fête traditionnelle française.
Le calcul des marques était simple : il n’y avait aucune grande fête commerciale entre la rentrée de septembre et Noël. Halloween comblait le trou.
Pourquoi les Français ne l’ont-ils jamais vraiment adopté ?
Pour des raisons de calendrier et de culture. La première tient aux dates : le 31 octobre tombe en pleine vacances de la Toussaint. Les enfants sont souvent partis, chez des grands-parents ou ailleurs, et la tournée des bonbons dans son quartier perd beaucoup de son intérêt.
La seconde est la concurrence de la Toussaint. Le 1er novembre reste en France un jour de recueillement, consacré aux morts et aux tombes fleuries. Une fête costumée la veille a longtemps paru déplacée. À la veille de la Toussaint 1999, les évêques de France publient d’ailleurs un texte très critique envers Halloween, au nom du respect dû aux défunts, comme le rapporte l’écrivain Jean Markale dans son livre consacré à la fête.
Enfin, l’image commerciale a collé à la fête dès le départ. Avoir été lancée par un opérateur téléphonique n’aide pas à passer pour une tradition.
Les chiffres montrent une fête minoritaire mais installée. En 2021, selon YouGov, 34 % des Français disaient fêter Halloween au moins de temps en temps, contre 38 % un an plus tôt, et seuls 8 % le fêtaient chaque année. En 2024, YouGov comptait 4 Français sur 10 qui envisageaient de le fêter. Ce sont surtout les familles avec de jeunes enfants et les moins de 35 ans qui jouent le jeu.
Questions fréquentes
Halloween est-il une fête américaine ?
Non, ses racines sont irlandaises et écossaises. Les États-Unis l’ont transformée en fête populaire et commerciale, puis l’ont exportée dans le monde entier.
Quelle différence entre Halloween et la Toussaint ?
Halloween est la veille, le 31 octobre, une fête profane avec déguisements et bonbons. La Toussaint, le 1er novembre, est une fête catholique qui honore tous les saints, et un jour férié en France.
Que veut dire « trick or treat » ?
Littéralement « une farce ou une friandise ». Les enfants menacent, pour rire, de jouer un tour aux habitants qui ne leur donnent rien.
Pourquoi s’habille-t-on en monstre ?
L’idée remonte en partie aux croyances de Samain, quand on se déguisait pour tromper les esprits. En France, les costumes effrayants restent la règle, alors que les Américains se déguisent en à peu près n’importe quoi.
Conclusion
Halloween a fait un long voyage : une fête de fin des récoltes chez les Celtes, une veille de fête chrétienne en Irlande, une fête de quartier aux États-Unis, puis une opération marketing en France en 1997. Chez nous, elle se heurte à la Toussaint, qui reste un moment pour penser aux morts plutôt que pour s’en déguiser. Un Français sur trois la fête, rarement chaque année. Pour une fête lancée par un forfait mobile, c’est déjà une belle longévité.
Sources
- Hérodote.net, « Halloween, une fête païenne très rentable »
- Roger Cohen, « A Treat or U.S. Trick? Whatever, Halloween’s Here », The New York Times, 31 octobre 1997 (archive NYU Stern)
- The Local, « Halloween vs Toussaint : how to celebrate in France », 2024
- Jean Markale, livre sur Halloween, éditions Imago (extrait)
- YouGov, « 2 Français sur 10 ont l’intention de fêter Halloween », 25 octobre 2021
- YouGov, « Halloween 2024 : des insights qui font trembler », 28 octobre 2024
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