Toussaint et jour des morts : quelle différence ?
Fin octobre, les jardineries se couvrent de pots jaunes, blancs et mauves. Le 1er novembre, des familles entières traversent la France pour nettoyer une tombe et y poser un chrysanthème. Presque tout le monde appelle ce jour la fête des morts. Le calendrier catholique dit autre chose : la Toussaint fête les saints, et les défunts ont leur propre jour, le lendemain. Voici comment les deux dates se sont mélangées.
En bref : la Toussaint, le 1er novembre, est la fête catholique de tous les saints, connus ou anonymes. La commémoration des fidèles défunts, souvent appelée jour des morts, tombe le 2 novembre. On fleurit les tombes le 1er parce que la Toussaint est un jour férié en France, et le 2 novembre ne l’est pas.
Que fête-t-on à la Toussaint ?
Tous les saints, comme son nom l’indique. L’Église catholique honore ce jour-là l’ensemble des saints, y compris ceux qui n’ont pas de date à eux dans le calendrier, faute d’être connus.
La fête vient de Rome. Le 13 mai 610, le pape Boniface IV transforme le Panthéon, un ancien temple païen, en église dédiée à la Vierge et à tous les martyrs, selon l’Opus Dei. Une fête de tous les martyrs est alors célébrée chaque 13 mai. Deux siècles plus tard, le pape Grégoire IV (827-844) la déplace au 1er novembre et l’élargit à tous les saints.
Pourquoi le 1er novembre ? Les historiens en discutent encore. Cette date tombe au moment de Samain, la fête celte qui ouvrait la saison sombre, et dont est issue Halloween. Le lien est souvent avancé, sans preuve solide.
Qu’est-ce que le jour des morts du 2 novembre ?
C’est le jour où l’Église prie pour tous les défunts. Son nom officiel est la commémoration de tous les fidèles défunts.
Il est né en Bourgogne. Selon Aleteia, Odilon, abbé de Cluny, l’instaure le 2 novembre 998 dans l’abbaye et les monastères qui en dépendent. Les moines y prient pour les âmes du purgatoire, au lendemain de la fête des saints. La pratique gagne d’autres diocèses, et au XIIIe siècle elle est célébrée dans toute l’Église.
Les deux dates forment une paire. Le 1er novembre célèbre ceux que l’Église considère déjà au paradis. Le 2 novembre pense à tous les autres, c’est-à-dire à nos morts ordinaires.
| Toussaint | Jour des morts | |
|---|---|---|
| Date | 1er novembre | 2 novembre |
| Ce qu’on honore | tous les saints | tous les défunts |
| Origine | Rome, 610, puis 1er novembre au IXe siècle | abbaye de Cluny, 998 |
| Jour férié en France | oui | non |
| Ce que font la plupart des Français | aller au cimetière | travailler, ou rentrer de vacances |
Pourquoi confond-on la Toussaint et le jour des morts ?
À cause du calendrier du travail. La Toussaint fait partie des onze jours fériés listés par l’article L3133-1 du Code du travail, entre le 15 août et le 11 novembre. Le 2 novembre n’y figure pas.
Pour aller fleurir la tombe d’un parent, souvent à des centaines de kilomètres, il faut un jour libre. Le 1er novembre en offre un, et le 2 novembre, en général, non. Les familles ont donc pris l’habitude de se rendre au cimetière le jour de la Toussaint, et ce jour a fini par prendre le sens du lendemain. Les vacances scolaires de la Toussaint, qui encadrent la date, ont renforcé l’habitude.
Comme le poisson du vendredi, beaucoup de traditions catholiques ont survécu en France dans les gestes, alors que leur sens religieux s’est effacé.
En 2026, la Toussaint tombe un dimanche. Le jour des morts sera donc le lundi 2 novembre, un jour de travail ordinaire.
Pourquoi met-on des chrysanthèmes sur les tombes ?
Parce qu’en 1919, l’État a demandé de fleurir les morts de la guerre. Selon la Ville de Paris, le président Raymond Poincaré exige que tous les monuments aux morts soient fleuris le 11 novembre 1919, pour le premier anniversaire de l’armistice. Le chrysanthème s’impose : il fleurit en automne et supporte le froid, comme le rappelle Aleteia. L’habitude glisse ensuite des monuments aux tombes de famille, et du 11 novembre à la Toussaint. Avant, on posait surtout des bougies.
La fleur elle-même vient de loin. Son nom vient du grec « khrusos », or, et « anthemon », fleur. Elle est cultivée en Chine depuis environ 2 000 ans. Le capitaine de marine Pierre Blancard en rapporte des boutures en France en 1789, toujours selon la Ville de Paris.
Ce sens funèbre est une particularité française et belge. Au Japon, le chrysanthème est l’emblème de l’empereur. En Chine, il évoque plutôt la longévité. Offrir un pot de chrysanthèmes à un hôte japonais est un beau cadeau. À Paris, beaucoup moins.
La tradition reste solide. En 2024, selon une étude Kantar pour FranceAgriMer et VALHOR, 4 millions de foyers ont acheté des fleurs ou des plantes pour la Toussaint, soit 13,8 % des foyers, pour 124 millions d’euros. Le chrysanthème représente 64 % des quantités achetées, loin devant la pensée (12 %). L’acheteur moyen a 61 ans, signe que l’habitude se transmet mal aux plus jeunes.
Comment d’autres pays fêtent-ils leurs morts ?
Avec beaucoup plus de couleurs, souvent. Le cas le plus connu est le Mexique. Ses fêtes des morts, inscrites par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2008, se tiennent de fin octobre à début novembre. Les familles sèment des pétales de fleurs et des bougies sur le chemin entre la maison et le cimetière, pour guider les défunts. Elles préparent leurs plats préférés et les disposent près de la tombe et dans la maison.
Le principe rejoint celui de Cluny : un moment de l’année réservé aux morts, au début de novembre. L’ambiance, en revanche, n’a rien à voir avec le recueillement silencieux d’un cimetière français. Au Mexique, on mange et on chante au cimetière.
Questions fréquentes
La Toussaint est-elle la fête des morts ?
Pas officiellement. La Toussaint fête les saints le 1er novembre, et les défunts ont leur jour le 2. Dans l’usage, beaucoup de Français honorent pourtant leurs morts le 1er, parce que c’est le jour férié.
Le 2 novembre est-il férié ?
Non. Seule la Toussaint figure dans la liste des jours fériés du Code du travail. Le 2 novembre est un jour de travail comme un autre, s’il tombe en semaine.
Peut-on offrir des chrysanthèmes à quelqu’un ?
En France, c’est déconseillé, car la fleur est associée aux cimetières depuis un siècle. Dans une bonne partie de l’Asie, c’est au contraire un cadeau apprécié.
Halloween a-t-il un rapport avec la Toussaint ?
Oui, par le nom. Halloween vient de l’anglais « All Hallows’ Eve », la veille de tous les saints. C’est la veille de la Toussaint.
Conclusion
La Toussaint et le jour des morts ont été pensés comme un diptyque : les saints le 1er, tous les autres le 2. Le Code du travail a tranché à la place de l’Église, en ne rendant férié que le premier. Ajoutez une décision de 1919 sur les monuments aux morts, et vous obtenez une tradition que personne n’a vraiment choisie, qui pèse encore 124 millions d’euros de fleurs chaque automne. Si vous passez au cimetière le 2 novembre, vous serez, techniquement, le seul à être à l’heure.
Sources
- Opus Dei, « Le 1er novembre : la fête de la Toussaint »
- Aleteia, « Le jour où la commémoration des défunts a été célébrée pour la première fois », 2020
- Aleteia, « Pourquoi des chrysanthèmes à la Toussaint ? », 2017
- Code du travail, article L3133-1 (Légifrance)
- Ville de Paris, « L’étrange histoire du chrysanthème, fleur d’or des cimetières »
- Étude Kantar pour FranceAgriMer et VALHOR, « Achats de fleurs ou plantes à l’occasion de la Toussaint », données 2024
- UNESCO, « Les fêtes indigènes dédiées aux morts », 2008
Image à la une : Image de magnific sur Magnific (licence gratuite)
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