Main qui glisse un bulletin aux couleurs du drapeau français dans une urne transparente à moitié remplie d'enveloppes blanches

Comment fonctionne l’élection présidentielle en France ?

Dans six mois, les Français éliront leur président. Les noms circulent déjà, les sondages aussi. Les règles du jeu, elles, se font plus discrètes, alors qu’elles décident de beaucoup de choses : qui aura le droit de se présenter, combien il pourra dépenser, combien de minutes il obtiendra à la radio. Elles tiennent pour l’essentiel dans deux articles de la Constitution et une loi de 1962. Voici comment fonctionne l’élection présidentielle, étape par étape.

En bref : le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, à la majorité absolue des voix. Pour se présenter, il faut réunir 500 parrainages d’élus venant d’au moins 30 départements. Si personne ne dépasse 50 % au premier tour, les deux candidats arrivés en tête s’affrontent quatorze jours plus tard.

Qui peut se présenter à l’élection présidentielle ?

Presque tout le monde, sur le papier. Selon le Conseil constitutionnel, tout électeur français peut être candidat, à condition de n’être frappé d’aucune inéligibilité. Il n’y a pas de dossier à déposer en préfecture.

En pratique, le candidat doit aussi remettre une déclaration de patrimoine, avec l’engagement d’en publier une nouvelle à la fin de son mandat s’il est élu, et une déclaration d’intérêts et d’activités. Une limite s’ajoute : l’article 6 de la Constitution interdit d’exercer plus de deux mandats consécutifs. Le président élu en 2017 et réélu en 2022 ne pourra donc pas se représenter en 2027.

Le vrai filtre est ailleurs. Il s’appelle le parrainage.

Comment fonctionnent les 500 parrainages ?

Un candidat doit obtenir la signature d’au moins 500 élus, venus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents. Pas plus de 50 signatures ne peuvent venir d’un même département, pour éviter qu’un candidat ne s’appuie sur une seule région. Chaque élu ne peut parrainer qu’un seul candidat, même s’il cumule plusieurs mandats.

Qui signe ? Surtout des maires, mais aussi des parlementaires et des élus départementaux ou régionaux. Les signatures sont envoyées par la poste au Conseil constitutionnel, qui les vérifie une à une.

La règle a changé avec le temps. Selon l’historique du Conseil constitutionnel, la loi du 6 novembre 1962 ne demandait que 100 signatures. En 1974, douze candidats se présentent, et le seuil passe à 500 en 1976. Autre changement de taille : avant 2017, seuls 500 parrainages tirés au sort étaient rendus publics, une fois la liste close, rappelle Public Sénat. Depuis, tous les noms sont publiés au fil de l’eau. Une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale note que les élus redoutent désormais de s’exposer, et signent moins volontiers.

En 2022, le Conseil constitutionnel a reçu 13 672 parrainages et en a validé 13 427. Sur 26 personnes qui s’étaient déclarées, 12 ont été retenues, selon la décision du 7 mars 2022 et Politis.

Comment se déroulent les deux tours ?

Tout est écrit à l’article 7 de la Constitution. Pour être élu, il faut la majorité absolue des suffrages exprimés, c’est-à-dire plus de la moitié des voix, sans compter les votes blancs et nuls. Si personne ne l’atteint au premier tour, un second tour a lieu le quatorzième jour suivant. Seuls les deux candidats arrivés en tête peuvent s’y présenter.

Le calendrier aussi est encadré. Le scrutin doit avoir lieu entre 20 et 35 jours avant la fin du mandat du président en place. Pour 2027, le gouvernement a retenu le dimanche 18 avril pour le premier tour et le dimanche 2 mai pour le second, d’après LCP. Ces dates seront officielles avec le décret de convocation des électeurs, pris au moins dix semaines avant le vote. Dans plusieurs territoires d’outre-mer, on vote la veille, à cause du décalage horaire.

Comment le temps de parole est-il partagé ?

Selon trois règles successives, de plus en plus strictes. En 2022, l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, a imposé ce découpage aux radios et aux télévisions, détaillé par Ozap :

Période (2022)RègleCe que cela veut dire
1er janvier au 7 marséquitétemps de parole proportionné au poids politique (sondages, résultats passés, activité de campagne)
8 au 27 marséquité par tranche horairemême principe, mais dans chacune des quatre tranches (matin, journée, soir, nuit)
28 mars au second tourégalitéexactement le même temps pour chaque candidat, tranche par tranche

La tranche horaire a son importance. Sans elle, une chaîne pourrait donner le matin aux favoris et la nuit aux petits candidats. Avec elle, dix minutes accordées à un candidat à 8 h obligent à en accorder dix aux autres sur la même tranche. Dans les deux jours qui précèdent chaque tour, les médias ne parlent plus de la campagne : c’est la période de réserve.

Combien coûte une campagne, et qui paie ?

Les dépenses sont plafonnées, et l’État en rembourse une partie. En 2022, selon le Conseil constitutionnel, un candidat ne pouvait pas dépenser plus de 16,85 millions d’euros au premier tour, et 22,51 millions s’il atteignait le second.

Le remboursement dépend du score, avec un seuil qui fait très mal :

Résultat au premier tourRemboursement maximal (2022)
5 % des voix ou moins800 423 euros (4,75 % du plafond)
plus de 5 % des voix8 004 225 euros (47,5 % du plafond)
qualifié pour le second tour10 691 775 euros

Passer de 4,9 % à 5,1 % des voix multiplie donc par dix l’aide de l’État. Sous la barre, un candidat qui a dépensé plusieurs millions doit trouver presque tout l’argent ailleurs. Le remboursement ne dépasse jamais les dépenses réellement inscrites dans le compte de campagne, que contrôle la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

Que se passe-t-il si un candidat meurt ou se retire ?

La Constitution a prévu le cas, toujours à l’article 7. Si un candidat meurt ou se trouve empêché avant le premier tour, le Conseil constitutionnel reporte l’élection. Si cela arrive à l’un des deux qualifiés avant le second tour, toute l’élection est recommencée depuis le début. Le Conseil peut aussi reporter le scrutin si une personne qui avait annoncé sa candidature peu avant la date limite meurt ou est empêchée dans les sept derniers jours de dépôt.

Un simple retrait n’a pas ces effets. Avant le second tour, un candidat qualifié peut se désister, et le suivant dans l’ordre des résultats prend sa place, selon le même article.

Si le président meurt ou démissionne en cours de mandat, le président du Sénat assure l’intérim, et une nouvelle élection a lieu sous 20 à 35 jours. C’est arrivé deux fois, d’après l’Élysée : en 1969, après la démission du général de Gaulle, et en 1974, après la mort de Georges Pompidou.

Questions fréquentes

Combien faut-il de parrainages pour être candidat ?
Au moins 500, signés par des élus de 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents, avec 50 signatures au maximum par département.

Le vote blanc compte-t-il ?
Les bulletins blancs sont comptés à part, mais ils n’entrent pas dans les suffrages exprimés. Ils ne changent donc pas le calcul de la majorité absolue.

Quand aura lieu la présidentielle 2027 ?
Le premier tour est prévu le dimanche 18 avril 2027 et le second le dimanche 2 mai, selon les dates retenues par le gouvernement en juillet 2026.

Un président peut-il faire trois mandats ?
Pas de suite. L’article 6 de la Constitution limite à deux le nombre de mandats consécutifs.

Conclusion

L’élection présidentielle tient en quelques règles simples : 500 signatures pour entrer, plus de 50 % des voix pour gagner, quatorze jours entre les deux tours. Les détails pèsent pourtant lourd. Le seuil de 5 % peut ruiner un parti, et la publication des parrainages a rendu les maires plus frileux. Pour 2027, les premières signatures arriveront au Conseil constitutionnel dans quelques mois. Pour comprendre ce qui se passe ensuite au Parlement, lisez comment une loi est votée en France, et ce qu’est une motion de censure.

Sources

Image à la une : Image de magnific sur Magnific (licence gratuite)

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