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Pourquoi porte-t-on un bleuet le 11 novembre ?

Pourquoi le bleuet le 11 novembre ? Tout part de deux infirmières des Invalides en 1916. Le sens de la fleur, l'argent collecté, et le coquelicot anglais.

Par Florian Villa · 3 novembre 2026 · 6 min de lecture

Un bleuet bleu vif sur sa tige, seul au premier plan, devant un fond de prairie verte floue

Le 11 novembre, devant les monuments aux morts, des bénévoles tendent une petite fleur bleue en papier contre quelques pièces. Beaucoup de passants la prennent sans savoir d’où elle vient. Les Britanniques, eux, portent un coquelicot rouge, et l’on finit par se demander pourquoi la France a choisi une autre fleur. L’histoire commence à l’hôpital des Invalides, en pleine Première Guerre mondiale.

En bref : on porte un bleuet le 11 novembre en mémoire des soldats morts pour la France et pour soutenir ceux qui restent. Le symbole est né en 1916, quand deux infirmières des Invalides ont fait fabriquer des bleuets en tissu par des soldats blessés. L’argent collecté aide les anciens combattants, les pupilles de la Nation et les victimes du terrorisme.

Que représente le bleuet du 11 novembre ?

Le Bleuet de France est la fleur française du souvenir. On l’épingle au revers de sa veste le 11 novembre, jour de l’armistice de 1918, et le 8 mai, jour de la victoire de 1945. Il rend hommage aux morts des guerres et sert en même temps à collecter de l’argent pour les vivants : blessés, veuves, orphelins.

C’est aussi le nom de l’œuvre caritative qui organise la collecte. Depuis 1991, elle est gérée par l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG), un établissement public rattaché au ministère des Armées.

Comment le bleuet est-il né, en 1916 ?

En 1916, à l’hôpital militaire des Invalides, à Paris, deux femmes voient défiler chaque jour des soldats mutilés. Suzanne Leenhardt est infirmière-major, et son mari, capitaine, a été tué au front en 1915. Charlotte Malleterre est la fille d’un commandant des Invalides et l’épouse du général Gabriel Malleterre.

Elles ont une idée simple : faire fabriquer par les blessés eux-mêmes des bleuets, avec des pétales en tissu et des étamines en papier. Les fleurs sont vendues au public. L’argent sert à aider les invalides de guerre à se réinsérer, et l’atelier leur donne une occupation et un petit revenu.

La suite va vite. En 1928, le président Gaston Doumergue accorde son patronage, et la vente s’étend à toute la France. Le 11 novembre 1934, 128 000 bleuets sont vendus. En 1935, l’État rend la vente officielle chaque 11 novembre. Une seconde date s’ajoute en 1957 : le 8 mai.

Pourquoi avoir choisi le bleuet ?

Pour trois raisons, que rappelle la préfecture de la Creuse dans sa présentation officielle de la collecte.

La première tient à l’uniforme. À partir de 1915, l’armée française abandonne le pantalon rouge, trop visible, pour un uniforme gris-bleu appelé « bleu horizon ». Les jeunes recrues qui arrivent au front avec leur tenue neuve, encore propre, sont surnommées les « bleuets » par les anciens, les poilus couverts de boue.

La deuxième est botanique. Le bleuet est une fleur des champs qui continuait à pousser dans la terre retournée des tranchées. Avec le coquelicot, il était l’une des rares taches de couleur dans un paysage dévasté.

La troisième est symbolique : le bleu est la première couleur du drapeau français.

Pourquoi les Britanniques portent-ils un coquelicot ?

Parce qu’ils ont choisi l’autre fleur des tranchées. Le coquelicot anglais vient d’un poème, In Flanders Fields, écrit le 3 mai 1915 par John McCrae, un médecin militaire canadien, au lendemain de la mort d’un ami. Le texte s’ouvre sur les coquelicots qui fleurissent entre les croix des Flandres. Il est publié en décembre 1915 dans le magazine Punch et devient très vite célèbre.

Deux femmes transforment ensuite le poème en symbole. L’Américaine Moina Michael fait le vœu de porter un coquelicot rouge en mémoire des morts. Puis une Française, Anna Guérin, organise des « journées du coquelicot » pour financer les veuves et les orphelins. Elle convainc la British Legion, une association d’anciens combattants, de s’y mettre : le premier Poppy Day britannique a lieu le 11 novembre 1921, avec des coquelicots en partie fabriqués en France.

Bleuet de FranceCoquelicot (poppy)
PaysFranceRoyaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande
Origineatelier des Invalides, 1916poème de John McCrae, 1915
Premières ventespendant la guerre, généralisées en 192811 novembre 1921 au Royaume-Uni
Ce qu’il rappelleles jeunes recrues en bleu horizonles champs des Flandres
Dates de collecte11 novembre et 8 mailes semaines avant le 11 novembre

Le bleuet est bien moins porté en France que le coquelicot ne l’est au Royaume-Uni, où la plupart des présentateurs de télévision l’arborent en novembre. Il a pourtant précédé son cousin anglais de quelques années.

Où va l’argent de la collecte ?

Il aide les personnes que l’ONaCVG appelle ses « ressortissants » : anciens combattants en difficulté, soldats blessés en opération extérieure, veuves, pupilles de la Nation et victimes d’actes de terrorisme. Une part finance aussi des actions de mémoire, comme des concours scolaires ou des voyages sur les lieux de combat.

Le dossier de presse publié par l’ONaCVG pour la campagne de 2017 donne une idée précise de la répartition. Sur 100 € donnés :

  • 58 € vont aux ressortissants de l’ONaCVG en difficulté ;
  • 25 € financent des manifestations de mémoire ;
  • 17 € servent à organiser les collectes et à faire connaître le Bleuet.

La même année, l’œuvre indiquait avoir récolté plus de 1,4 million d’euros en 2016. Près de 794 000 € avaient été consacrés aux pupilles de la Nation, en particulier au financement de leurs études. Les trois quarts des pupilles adoptés en 2016 étaient des enfants de victimes du terrorisme, ou des victimes elles-mêmes. Les comptes sont contrôlés par l’agent comptable de l’ONaCVG et par la Cour des comptes.

Quand et comment acheter un bleuet ?

Chaque année, une collecte nationale a lieu sur la voie publique dans les jours qui précèdent le 11 novembre, puis autour du 8 mai. En 2025, elle s’est tenue du 4 au 16 novembre. Les collecteurs sont des bénévoles : membres d’associations d’anciens combattants, élèves, militaires, élus.

On peut aussi donner toute l’année sur le site du Bleuet de France, bleuetdefrance.fr. Si personne ne vous tend de fleur, le service départemental de l’ONaCVG vous dira où en trouver.

Questions fréquentes

Le bleuet se porte-t-il aussi le 8 mai ?

Oui. Depuis 1957, le 8 mai, anniversaire de la victoire de 1945, est la seconde journée de collecte du Bleuet de France.

Pourquoi appelait-on les jeunes soldats des « bleuets » ?

À cause de leur uniforme bleu horizon, porté à partir de 1915. Les nouvelles recrues arrivaient au front dans une tenue neuve, bien plus bleue que celle des anciens, salie par la boue des tranchées.

Peut-on porter un coquelicot en France ?

Rien ne l’interdit. Le coquelicot est surtout porté par les Britanniques et les Canadiens en visite, notamment dans les cimetières militaires du Nord et de la Somme. Le symbole français officiel reste le bleuet.

Conclusion

Le bleuet a commencé comme un petit travail manuel pour des soldats mutilés, dans un hôpital parisien. Plus d’un siècle plus tard, il finance les études d’enfants dont un parent a été tué en opération ou dans un attentat. La fleur n’a presque pas changé. La liste de ceux qu’elle aide, si.

Pour comprendre la date elle-même, lisez notre article sur l’armistice entré en vigueur à 11 heures. Et pour le reste du calendrier du souvenir, celui sur la différence entre la Toussaint et le jour des morts.

Sources

Image à la une : Image de muhammad.abdullah sur Magnific

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