Backyard ultra : la course qui ne s’arrête que quand vous abandonnez
Une boucle de 6,7 km à boucler chaque heure, jusqu'au dernier debout. Comment marche une backyard ultra, et à quoi s'attendre pour les 25h qui courent de Clem Qui Court.

Ce vendredi 6 novembre, une centaine de coureurs vont partir pour une course dont personne ne connaît la distance à l’avance. Ils feront une boucle de 6,7 km, puis une autre une heure plus tard, puis encore une autre, toute la nuit. Le youtubeur Clem Qui Court organise ces « 25h qui courent » en direct sur Twitch, avec des champions de trail et des créateurs de contenu sur la même ligne. Le format a un nom : la backyard ultra. Voici comment il fonctionne, et pourquoi il épuise même les meilleurs.
En bref : une backyard ultra est une course où l’on parcourt une boucle de 6,706 km toutes les heures. Le départ suivant est donné à l’heure pile. Celui qui n’est pas revenu à temps, ou qui ne repart pas, est éliminé. La course continue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un coureur, sauf quand l’organisateur fixe une limite, comme les 25 heures de Clem Qui Court.
Les règles d’une backyard ultra
Le principe tient en une phrase : toutes les heures, on repart. Les coureurs ont soixante minutes pour faire le tour de la boucle et revenir dans la zone de départ. Le temps qui reste leur sert de pause pour boire, manger, se changer ou fermer les yeux. Au coup de sifflet suivant, ils doivent être sur la ligne.

Le chrono ne compte pas. Arriver premier d’une boucle ne rapporte rien, et un coureur qui marche tout le tour en 58 minutes vaut autant que celui qui le court en 35. La seule chose qui classe, c’est le nombre de boucles terminées.
Dans la version d’origine, il n’y a pas de fin prévue. La course s’arrête quand il ne reste qu’un coureur. Encore faut-il qu’il termine une dernière boucle seul pour être déclaré vainqueur. Tous les autres sont classés comme n’ayant pas fini, y compris celui qui a tenu jusqu’à l’avant-dernière heure.
Pourquoi 6,706 km ?
Ce chiffre bizarre a une explication simple. 100 miles, soit 160,9 km, divisés par 24 heures, donnent 4,167 miles par heure, c’est-à-dire 6,706 km. Un coureur qui tient 24 boucles a donc couvert 100 miles en une journée, la distance mythique de l’ultra-endurance.
Le format est né aux États-Unis en 2011. Son inventeur, Gary Cantrell, surnommé Lazarus Lake, est aussi le créateur de la Barkley, une course du Tennessee réputée presque impossible à finir. Il a organisé la première backyard sur ses propres terres, d’où le nom : « backyard » veut dire arrière-cour en anglais.
Depuis, les records ont explosé. Selon le site d’entraînement Campus Coach, le record du monde dépasse aujourd’hui les 120 boucles, soit plus de 800 km courus en un peu plus de cinq jours.
Une allure de marche rapide, et pourtant
Faire 6,706 km en une heure, c’est tenir 6,7 km/h. Cela correspond à une marche soutenue, environ 9 minutes par kilomètre. N’importe quel coureur du dimanche peut faire une boucle, et même plusieurs.
Mais quelqu’un qui arrive pile à l’heure n’a aucune pause. La plupart des coureurs visent donc 45 à 50 minutes par tour, pour garder dix à quinze minutes de répit. C’est dans ce temps-là que tout se joue : manger sans se rendre malade, soigner une ampoule, changer de chaussettes, parfois dormir cinq minutes.

Ce qui fait vraiment abandonner
Le sommeil
La nuit est le premier grand tri. Début novembre, en France, il fait nuit pendant près de quatorze heures. Les coureurs enchaînent les boucles au moment où leur corps réclame le lit, sans jamais pouvoir dormir plus de quelques minutes. Une étude publiée en 2024 sur plus de 1 100 finishers d’ultra-trails de montagne montre que le manque de sommeil provoque souvent des somnolences et des hallucinations au-delà de la première nuit.
L’estomac
Courir des heures en mangeant à chaque pause malmène la digestion. Chez les coureurs d’endurance, les nausées, crampes et vomissements sont fréquents, et une revue scientifique de 2017 les relie à la baisse de l’irrigation de l’intestin pendant l’effort. Un coureur qui n’arrive plus à manger perd vite son énergie, et finit par ne plus repartir.
La tête
Le plus difficile reste de repartir sans savoir quand ça s’arrêtera. Sur un marathon, on sait qu’il reste dix kilomètres. En backyard, la fin dépend des autres. C’est pour cela qu’on voit souvent des coureurs en forme abandonner : ils ont décidé que c’était assez, et rien ne les oblige à continuer.
Les 25h qui courent, ce qu’il faut savoir
L’événement est organisé par Clément Deffrenne, alias Clem Qui Court, au profit de l’association Rêves. Celle-ci réalise les rêves d’enfants et d’adolescents gravement malades. L’organisation annonce que 100 % des bénéfices lui seront reversés.
Le départ est prévu ce vendredi 6 novembre en fin d’après-midi. Le lieu est tenu secret. La course est limitée à 25 boucles, soit 167,65 km au maximum, et diffusée en direct sur la chaîne Twitch de Clem Qui Court.
Cent coureurs sont au départ. La moitié sont des sportifs et des créateurs de contenu. On y trouve les traileurs Blandine L’Hirondel, Mathieu Blanchard et Ludovic Pommeret, ainsi que des youtubeurs comme Tibo InShape et Domingo. L’autre moitié vient de la communauté de Clem Qui Court, avec des dossards gagnés grâce à des « tickets d’or ».
Avec plusieurs ultra-traileurs capables de tenir bien plus de 25 heures, il est probable que plusieurs coureurs soient encore en course à la fin. À deux jours du départ, l’organisation n’a pas dit publiquement comment ils seraient départagés.
Questions fréquentes
Peut-on marcher pendant une backyard ultra ?
Oui. Rien n’oblige à courir. Il suffit de boucler le tour en moins d’une heure, ce qui est possible en marchant vite. La plupart des coureurs alternent course et marche, surtout dans les montées.
Qui gagne une backyard ultra ?
Le dernier coureur encore en course, à condition qu’il termine une ultime boucle seul. Si deux coureurs abandonnent à la même heure, personne ne gagne.
Combien de boucles peut faire un débutant ?
Un coureur entraîné au semi-marathon peut viser trois ou quatre boucles, soit 20 à 27 km. Au-delà, il faut une préparation spécifique, avec des sorties longues et un estomac habitué à manger en courant. Un avis médical est conseillé avant de se lancer sur des distances d’ultra.
Conclusion
La backyard ultra a l’air simple : un petit tour toutes les heures, à une allure de promenade rapide. Sa difficulté vient justement de cette répétition sans fin annoncée. Le sommeil, l’estomac et le moral lâchent bien avant les jambes. Vendredi soir, les 25h qui courent offriront une occasion rare de voir ce format en direct, avec des champions et des amateurs soumis à la même règle.
Pour comparer avec un autre défi d’endurance, lisez notre article sur la Diagonale des fous, et pour vous entraîner, celui sur l’endurance fondamentale.
Sources
- Campus Coach, « Les 25h qui courent : c’est quoi, la backyard de Clem Qui Court ? », 2 novembre 2026
- Finishers, « Les 25 heures qui courent »
- Actustream, « Les 25h qui courent, la backyard d’Internet »
- Association Rêves, site officiel
- Kishi A. et al., « Sleep and Ultramarathon: Exploring Patterns, Strategies, and Repercussions of 1,154 Mountain Ultramarathons Finishers », Sports Medicine Open, 2024
- Costa R. J. S. et al., « Systematic review: exercise-induced gastrointestinal syndrome », Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2017
Image à la une : Logo : Les 25h qui courent. Photo : Clem Qui Court